La CGT à l’épreuve du féminisme

Maryse Dumas qui siège au Cese, Sophie Binet, co-secrétaire générale de l’Ugict, la CGT des cadres, et l’économiste Rachel Silvera (université Paris-Nanterre), publient aux Éditions de l’Atelier Féministe, la CGT ?

 

C’est à la fois un regard rétrospectif sur un siècle d’émancipation des travailleuses (« par elles-mêmes et avec la CGT »), tient à préciser Maryse Dumas, une analyse de la place du travail dans la montée et l’affirmation du féminisme, et symétriquement, l’affirmation que « les conquêtes passent par le féminisme ».

 

Les auteures concèdent qu’à la CGT, le féminisme ne va pas de soi.  Longtemps, elle « a hésité à s’affirmer comme féministe. Beaucoup doutent encore qu’on puisse lui attribuer cet adjectif, d’autres le redoutent ». Le malaise ne date pas d’hier.  Dès la fin du XIXe siècle, l’entrée des femmes dans le monde ouvrier a posé un problème aux syndicats. Elles s’y sont néanmoins frayé un chemin. À la CGT notamment, « le congrès constitutif de la Confédération générale du travail qui se tient à Limoges ne fait pas de différence, au moins dans les textes, entre travailleuses et travailleurs ». Aujourd’hui, la confédération est dotée en interne d’un rapport de situation comparée femmes hommes et dispose d’une cellule de veille sur les violences sexistes en son sein. Une façon de se montrer exemplaire avant de partir en guerre contre les inégalités dénoncées à longueur de documents et de manifestations.

 

Outre la revue des inégalités de genre mille fois égrenées, le livre propose un cheminement dans la prise de conscience de la cause féminine, l’émergence de femmes leaders à travers des luttes emblématiques dans la fonction publique (éducatrices de jeunes enfants, infirmières « ni bonnes, ni nonnes ni connes…), comme dans le secteur privé (Citroën, Boussac, Chantelle, Moulinex, etc.). Le tout agrémenté d’une galerie de portraits qui se veulent inspirants. De Marie Saderne siégeant à la tribune du congrès constitutif de la CGT à Marie Colin, la postière, ex-résistante, première à engager la bataille de la réduction du temps de travail, dans les années 50.  

 

Beaucoup reste à faire, conviennent les auteures. D’abord à l’intérieur de la CGT, dans les entreprises et dans la société en général. Le trio en veut pour preuve le débat qui se poursuit dans les instances du syndicat sur la juste place des femmes, jusqu’aux plus hautes marches,  et les conflits récents comme ceux, répétitifs des femmes de ménage des hôtels de luxe. Philippe Martinez qui signe la préface rappelle que « les écarts de salaire entre les femmes et les hommes dépassent encore les 25 %. Les indicateurs mis en place par le gouvernement sont largement insuffisants pour corriger cette situation inacceptable ».