La formation professionnelle n’est pas une variable pour faire baisser la courbe du chômage

Bon nombre de métiers n’existaient pas il y a seulement cinq ou dix ans, et ils sont déjà devenus indispensables. Au cœur de cette transformation, il y a la formation. De nouvelles fonctions ont été créées avec l’essor des nouvelles technologies ou ont été considérablement transformées par elles. Cela nécessite de la formation continue pour rester en adéquation avec les demandes de plus en plus spécifiques. C’est précisément là que le bât blesse. Si l’étendue de l’offre de formation est grande, elle s’amoindrit au fur et à mesure que les compétences augmentent et à mesure que les besoins se font plus précis. Il arrive dans certains domaines techniques que les formations n’existent qu’à l’étranger. Comment faire en sorte que tous les talents bénéficient des connaissances nécessaires ?

 

La ministre du travail, Muriel Penicaud, indiquait lors de la quinzième université d’hiver de la formation professionnelle qui s’est tenue à Biarritz du 31 janvier au 2 février, que les formations bénéficient aujourd’hui à un ouvrier sur trois et seulement à un chômeur sur dix. On peut mieux faire. Une réforme de la formation professionnelle est donc nécessaire. Nécessaire, tant qu’elle n’est pas une réformette de plus, mais pose les bases pour simplifier les processus d’accès à ces formations, et permet à tous les talents, surtout les plus fragiles et les plus précaires, de continuer à se former pour accéder à l’emploi ou évoluer dans leur cheminement professionnel.

 

Aujourd’hui plus qu’hier, chacun devra se former tout au long de sa vie. Tous les employés, même les moins qualifiés, seront impactés par le processus de transformation digitale. Là aussi, plus que jamais, la formation est et sera la carte maîtresse pour que les offres d’emploi et les propositions de formations évoluent de concert. Encore trop de talents ne savent pas qu’ils peuvent accéder à des formations avec un statut d’intérimaire, considérant que les formations ne sont accessibles qu’aux contrats à durée indéterminée et aux demandeurs d’emploi. Il faut continuer à sensibiliser tous les Français sur leur droit à la formation, leur rappeler que celles-ci font partie intégrante de leur parcours professionnel et ne sont pas uniquement une variable pour faire baisser la courbe du chômage. C’est pourquoi nous pensons que la réforme ne doit pas se focaliser sur la forme, bien qu’il soit nécessaire de simplifier l’accès à la formation, mais doit prendre en compte le fond : les talents, les compétences et l’adéquation avec le marché de l’emploi.

 

Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les partenaires sociaux, pour de nombreux Français, la formation est une école de la deuxième chance, voire de la troisième. La formation doit s’intégrer dans la carrière de chacun, et ce, quelle que soit la nature de son lien contractuel avec l’entreprise. La France offre cette chance de pouvoir se réinventer, de pouvoir progresser, alors soutenons les salariés dans cette démarche. Soyez ambitieux.

 

Charlotte Vitoux, directrice générale d’Aquent France