La CFDT « réformiste »? La CGT et FO aussi

PARIS, 31 mai 2018 (AFP) – La CFDT se revendique « réformiste ». Force ouvrière également, de même que la CGT. Aussi ancienne que le mouvement syndical français, cette notion est suffisamment vague pour s’appliquer à toutes les familles du syndicalisme.

« La CFDT n’est pas plus réformiste que les autres », tranche l’historien Stéphane Sirot.

Le terme est apparu dès la fin du 19e siècle, à la naissance de la CGT, le plus ancien syndicat français.

S’opposaient alors trois courants: les « révolutionnaires », en quête d’une transformation radicale et rapide de la société; les « conservateurs », souhaitant laisser les choses en l’état; et les « réformistes », partisans d’une transformation graduelle de la société et attachés à la négociation, souligne Guy Groux, chercheur au Cevipof.

Aujourd’hui, Laurent Berger, numéro un de la CFDT, s’affiche comme le porte-étendard du « camp réformiste », aux côtés de l’Unsa et de la CFTC.

Avant lui, c’était François Chérèque, secrétaire général de la CFDT de 2002 à 2012. Il y consacrera un livre en 2005 (« Réformiste et impatient »), expliquant que le réformisme ne « peut plus se définir uniquement en opposition » aux « utopies révolutionnaires ».

Reconnaissant la « légitimité suprême » du pouvoir en place, car élu, Laurent Berger ne remet pas en question les réformes. Pour lui, le « réformisme » repose donc sur la concertation, la négociation et le compromis.

« Chacun y met ses visions », avoue Philippe Louis, président de la CFTC. Pour lui, le réformisme prend en compte l’évolution de la société et accepte donc « d’abandonner certaines choses qui peuvent apparaitre comme des protections ». Quant à la négociation, elle n’est pas vue comme « un rapport de force où chacun montre son +pouvoir de nuisance+ », mais une discussion « pour que notre vision soit reconnue et que les positions retenues nous conviennent ».

« Le syndicalisme réformiste, c’est le bureau des solutions », dit pour sa part Luc Bérille, de l’Unsa.

– « Un syndicalisme de lobbying » –

Mais n’allez pas dire à Philippe Martinez, de la CGT, ou à Pascal Pavageau, qu’ils ne sont pas réformistes. « On l’est tous! », clame le numéro un de Force ouvrière.

« Le syndicalisme, par essence, est réformiste. Mais gouvernement et patronat ont dévoyé le mot réforme », soulignait fin 2015 le secrétaire général de la CGT. Il rappelle toutefois ne pas avoir la même conception du syndicalisme que la CFDT ou la CFTC, qui considèrent que « le rapport de forces n’est plus d’actualité ».

« Pour certains, réformisme veut dire accompagner toutes les réformes. Pour nous, qui sommes aussi réformistes, c’est avoir toujours des contre-propositions », explique Céline Verzeletti, une des dirigeantes cégétistes. Elle préfère toutefois définir la CGT comme un « syndicat en lutte » et juge « réducteur » le terme de « contestataire ».

Stéphane Sirot voit plutôt dans le « camp réformiste » un « syndicalisme de lobbying », et dans celui dit « contestataire », un syndicalisme de « régulation conflictuelle ».

Pour Guy Groux, le syndicalisme français est divisé entre un « réformisme choisi », porté par le canal historique (FO, CFDT, CFTC), et un « réformisme subi », celui de la CGT.

Cette dernière a « été contrainte à un certain réformisme quand elle est devenue orpheline d’un modèle de société après la chute du bloc soviétique », souligne-t-il.

Mais la vision des deux camps est « totalement distincte », notamment à propos de l’entreprise: « le réformisme subi part du principe que c’est un lieu d’exploitation et le réformisme choisi que c’est un ensemble d’individus oeuvrant pour l’intérêt commun, même s’il y a des divergences de vue entre les salariés et les patrons ».

Et dans les accords, ce qui est considéré comme « compromis » par le réformisme choisi, est vu comme une « compromission » par l’autre camp.

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