Restez chez vous », mais on peut « aller travailler » quand « il n’y a pas de danger »: le double message du gouvernement

PARIS, 23 mars 2020 (AFP) – « Restez chez vous », mais on peut « aller travailler » quand « il n’y a pas de danger »: le double message du gouvernement aux Français face à l’épidémie de coronavirus suscite l’incompréhension voire la colère de salariés et de syndicats, qui s’interrogent sur les priorités.

« L’heure est grave, mais de quelle heure parle-t-on? De celle qui tue ou bien de celle qui fait perdre des millions d’euros? », s’insurge Sylvain Moreno, de la CGT chez LafargeHolcim Ciments.

« Livrer un jean, un vélo d’appartement ou des médicaments, ça n’a rien à voir! Il serait temps de définir les priorités! », tempête Eddy Talbot, délégué SUD-PTT à La Poste, où « plusieurs cas de contamination sont à déplorer ». La direction s’est engagée à « ne jamais avoir plus de 50% des effectifs habituels présents en même temps sur un site ».

A la veille d’une deuxième semaine de confinement, la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a affirmé, sans les nommer, que certaines activités ne présentent « pas de danger du tout » et que l’activité pouvait se poursuivre en appliquant les « mesures de protection ».

« Quand il n’y a pas de danger, on peut travailler », a-t-elle déclaré. « Si on sait protéger, on peut y aller » aussi, a-t-elle ajouté, promettant d’être « intraitable sur les mesures de protection », en particulier la distance de sécurité d’un mètre entre chaque personne.

Nombres d’employés du BTP et de la construction mais aussi du commerce et de la distribution, de la logistique, du transport, du secteur bancaire, de La Poste, de la livraison à domicile, craignent pour leur santé et celle de leurs concitoyens et s’interrogent sur ce qui est « vital » et « ce qui ne l’est pas ».

Des salariés interrogés par l’AFP, à l’image d’une caissière ou d’un manutentionnaire, disent « ne pas avoir le choix » de venir travailler ou pas, au vu de leurs « bas salaires » et « des pressions » de leurs employeurs. Ils continuent « à réclamer des masques et des gants, disponibles en trop faible quantité ».

BTP

Sylvain Moreno (CGT) dénonce l’accord intervenu samedi pour la reprise des chantiers entre la fédération professionnelle du BTP et le gouvernement qui « va avoir pour conséquences de faire circuler et de faire travailler environ deux millions de personnes dans toute la France », une « catastrophe humanitaire », selon lui.

Cet accord a été assorti d’un « guide de bonnes pratiques » qui doit être diffusé aux professionnels du secteur.

Mais pour le gouvernement, « les entreprises du bâtiment et des travaux publics sont essentielles à la vie économique du pays et à son fonctionnement, en contribuant à des besoins du quotidien des Français comme le logement, l’eau, l’énergie, la gestion des déchets, les transports et les télécommunications. Il est donc nécessaire d’oeuvrer à la poursuite de leur activité ».

« Après l’urgence sanitaire, c’est l’urgence pour la continuité économique qui prime pour sauver le capitalisme, au prix de la santé et de la vie des salariés », estime la CGT de la fédération du bois et de la construction (FNSCBA) dans un communiqué.

Commerce

Même colère des fédérations départementales CGT, FO, FSU et Solidaires de Seine-Maritime, qui reprochent au gouvernement de « multiplier les déclarations et pressions pour faire travailler les salariés, en exposant leur santé, dans des entreprises dont l’activité n’est pas vitale ».

« En Seine-Maritime, les salariés du public et du privé sont en colère car, très souvent, les employeurs ne prennent pas toutes les dispositions pour les protéger, alors même que le Code du travail en fait une obligation », soulignent ces syndicats.

Selon eux, « dans le commerce, la restauration rapide et les grandes surfaces, secteurs très exposés, c’est souvent l’action des salariés et des représentants du personnel qui imposent des mesures de protection: pose de plexiglass, fourniture de gants et de masques, imposition d’espacement… ».

Banques

Dans le secteur bancaire, la CFDT dit « attendre des réponses » du gouvernement et « constate malheureusement » que « les conditions d’exercice préconisées ne sont pas respectées dans bien des locaux de travail ».

« Cette situation tend les rapports professionnels et dégrade significativement le dialogue social dans de nombreuses entreprises. Certaines équipes s’apprêtent d’ores et déjà à utiliser leur droit d’alerte, d’autres à demander aux salariés d’user de leur droit de retrait », met-elle en garde.

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