Jeunes contre la loi travail: lycées bloqués, défilés et quelques échauffourées

PARIS, 31 mars 2016 (AFP) – « Non au retour à Germinal, oui à la grève générale »: Après avoir bloqué quelque 200 lycées en matinée, des milliers de lycéens sont descendus dans la rue jeudi pour protester contre la loi travail aux côtés de syndicats, un rassemblement terni par quelques échauffourées.

Lycéens et étudiants se trouvaient majoritairement en tête du cortège parisien, qui a rassemblé entre 26.000 et 28.000 personnes selon la préfecture.

Place de la Nation, les manifestants se sont dispersés sous une pluie battante, sans incident notable après des échauffourées en cours de défilé. Quelques dizaines de personnes dansaient sous des parapluies, devant un camion équipé d’une sono puissante.

Un important dispositif policier était en place aux abords de Nation.

En milieu de journée, un millier de jeunes s’étaient déjà rassemblés sur cette place, dans une ambiance qui s’est rapidement tendue. Comme à Nantes, Toulouse ou Rennes, certains manifestants, souvent le visage masqué, ont lancé des projectiles sur les forces de l’ordre, selon des journalistes de l’AFP. La police a chargé et interpellé une vingtaine de personnes dans la capitale.

Des abribus ont été cassés, des vitrines endommagées et du mobilier urbain arraché sur le passage des manifestants, tandis que des commerçants baissaient leurs rideaux pour éviter les dégradations. Une vitrine de banque a été brisée et une autre maculée de peinture jaune.

« On essaye de trouver un moyen pour s’exprimer, mais certains font n’importe quoi », déplore Emma, 16 ans, en seconde au lycée parisien Auguste-Renoir. « Ceux qui +foutent la merde+ se font arrêter et nous on en pâtit ».

« Comment peut-on dire ce qu’on pense quand on est étudiant, quand on a 15 ou 16 ans? On le fait en manifestant sous la pluie, contre la loi, contre les CRS », déclare Jeanne, du lycée Maximilien-Vox. D’autres préfèrent en rire: « Il fait moche, il fait froid, c’est la faute au patronat ».

Dans la matinée, en province et à Paris, des lycéens avaient bloqué totalement ou partiellement des établissements: 250 selon les organisations lycéennes, 176 selon le ministère de l’Education, qui rappelle que la France compte 2.500 lycées publics. La CGT et l’Unef, principal syndicat étudiants, ont annoncé deux prochaines journées de mobilisation, les 5 et 9 avril.

– « Continuer à bloquer les facs? » –

Poubelles entassées et barrières métalliques font office de barrages filtrants, une tactique adoptée depuis une dizaine d’années, note Myriam Honnorat, du SNPDEN, le syndicat des chefs d’établissement.

Dans la capitale seulement, les proviseurs de 18 lycées ont pris la décision –rare– de fermer leur établissement « par mesure de sécurité », après les incidents des deux jeudis précédents, a-t-elle ajouté.

« Dès l’instant que nos collègues pensent qu’il y a un risque de violence, il faut fermer. Ce n’est pas la peine d’être confronté à un scénario qu’on connait par coeur puisqu’il se produit à chaque fois », a précisé Philippe Tournier, le secrétaire général du SNPDEN.

Plusieurs facultés, notamment de lettres, étaient également fermées ou bloquées, en province et à Paris. A Brest, la faculté de lettres a été occupée pendant la nuit par une quarantaine de personnes selon la police. « Fortement alcoolisés », selon la direction de l’université, les occupants ont commis des dégradations (tags sur les murs, mobilier endommagé).

Antonin, 20 ans et étudiant en histoire et sciences politiques à Saint-Denis (est de Paris), s’interroge sur la suite du mouvement, qu’il soutient. « On est face à des choix stratégiques. Faut-il ou non continuer à bloquer les facs? » Selon lui, ce sont les jeunes qui ont lancé la mobilisation, rejoints ensuite par les syndicats de travailleurs.

Dans le cortège parisien, un lycéen brandit une pancarte: « Regardez bien votre Rolex, c’est l’heure de la révolte ».

Certains ont du mal à expliciter ce qu’ils reprochent au projet de loi. « Le truc, le machin…je ne sais plus », répond une élève du lycée Gabriel-Fauré, interrogée sur la nature de ses griefs. « C’est notre avenir! », lance-t-elle.

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