Le conflit s’enlise à iTélé

PARIS, 27 octobre 2016 (AFP) – Le conflit s’enlise à iTélé où les salariés ont voté la reconduction de la grève pour un 11e jour, alors que la ministre de la Culture a appelé jeudi à une reprise du dialogue avec la direction.

Après une brève « réunion d’échanges » avec les salariés mercredi, la direction de Canal+ n’est pas revenue à la table des négociations et les salariés d’iTélé ont massivement voté jeudi matin la poursuite de leur grève.

« En fait il n’y a pas de négociations. La direction joue l’enlisement, elle dit non à tout, sauf peut-être donner une pincée de plus pour ceux qui veulent partir », a commenté un journaliste avec découragement.

« Il n’y a aucune avancée, même plutôt un recul. La seule perspective de ce mouvement est la porte de sortie. Aucune réunion n’est prévue. Mais c’est un combat pour l’honneur, il faut le mener », a-t-il ajouté.

Outre le départ de l’animateur controversé Jean-Marc Morandini, les salariés demandent une charte éthique pour garantir leur indépendance vis-à-vis de leur principal actionnaire, Vincent Bolloré, et davantage de moyens pour relancer la chaîne, lourdement déficitaire.

Le conflit a dépassé ces derniers jours les murs de Canal+. Interrogée jeudi au Sénat, la ministre de la Culture Audrey Azoulay a annoncé avoir mis en place « une médiation sociale » en début de semaine.

« Les voies normales du dialogue n’ont pas été respectées (…) Un travail de médiation sociale a été mis en place à ma demande et à celle de la ministre du travail Myriam El Khomri. La Direction régionale du travail est sur place et elle y restera, pour renouer le dialogue », a-t-elle dit.

La ministre a estimé qu’il s’agissait avant tout d’une question d' »indépendance de la rédaction face aux annonceurs et aux actionnaires » mais aussi d’une « dérive sur ce que doit être une chaîne d’info ». Mais ce n’est pas au gouvernement de se prononcer sur la présence de tel ou tel animateur, a-t-elle ajouté.

La chaîne, qui ne diffuse plus d’émissions en direct depuis lundi, a vu sa part d’audience s’effondrer à 0,3%, contre 1% en moyenne en temps normal, selon des chiffres de Médiamétrie. BFMTV et LCI ont bondi à 2,7% et 0,6% mercredi, contre 2,1 et 0,4% en septembre. Jointe jeudi soir, la direction de Canal+ n’a pas souhaité commenter la situation.

-‘On ne peut pas continuer comme ça’-

« On ne peut pas continuer à fonctionner comme ça, dans une entreprise où les salariés ne sont pas respectés », a estimé une salariée du groupe. Une cagnotte en ligne a été mise en place pour soutenir les salariés privés de salaire en raison de la grève de près de deux semaines.

Avant que la grève ne commence, Canal+ a proposé aux journalistes de faire jouer la « clause de conscience » pour ceux qui ne souhaiteraient pas travailler avec Jean-Marc Morandini, leur permettant de quitter iTélé avec des indemnités.

« La clause de conscience, dispositif spécifique qui vise à protéger les journalistes, ne doit pas être instrumentalisée », a condamné jeudi la ministre de la Culture. Plusieurs journalistes ont déjà profité de cette disposition pour quitter la chaîne plongée dans une crise sans précédent.

Une prochaine étape pourrait se jouer devant la justice, saisie par le Comité d’hygiène et de sécurité (CHSCT) de Canal+ à propos du déménagement d’une partie des locaux d’iTélé, réalisé le week-end dernier sans son approbation. Le tribunal de grande instance devrait rendre sa décision le 2 novembre.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) s’est également saisi du dossier et pourrait rendre ses premiers avis la semaine prochaine. Après avoir convoqué le président du directoire du groupe Canal Jean-Christophe Thiéry il y a une semaine et s’être déclaré « vivement préoccupé quant à la pérennité de la chaîne », le régulateur a commencé à examiner une vingtaine de signalements de téléspectateurs.

Le CSA a aussi été alerté par des salariés et des représentants syndicaux de la chaîne. Ils accusent la chaîne de violer plusieurs obligations prévues dans la convention qu’elle a conclue avec le CSA, notamment en laissant son actionnaire intervenir sur son contenu éditorial et en mélangeant information et divertissement, soulignent-ils dans une lettre publiée par l’Observatoire des médias.

Si elle est reconnue, cette violation ouvrirait la voie à un éventail de sanctions de la part du CSA, allant jusqu’à une mise en demeure puis, en cas de récidive, jusqu’au retrait de la fréquence d’iTélé.

La direction de la chaîne a jusqu’au 1er novembre pour répondre au CSA.

tsz/fmi/rh/bw/gib