Eprouvés par la crise, les jeunes architectes préfèrent s’associer plutôt qu’exercer en libéral

09/11/2016 – Marché du travail et emploi – Salaires et conditions de travail

Par Rebecca FRASQUET

PARIS, 9 novembre 2016 (AFP) – Depuis la crise, les jeunes architectes, de plus en plus souvent des femmes, préfèrent se lancer dans la vie professionnelle en s’associant au sein de sociétés, et délaissent le statut libéral, révèle l’étude Archigraphie.

Après avoir subi une forte récession de 2008 à 2015, la profession « entame une sortie de crise tout en poursuivant son adaptation à un contexte en plein bouleversement », commente François Rouanet le vice-président du Conseil national de l’Ordre des architectes (Cnoa), qui a commandé cette 2e édition de l’étude au Credoc.

Le revenu moyen des architectes, qui avait fortement chuté entre 2007 et 2009, « peine fortement à retrouver son niveau d’avant-crise ». En 2014 il était pour les professionnels libéraux (hors salariés) de 42.164 euros annuels, contre 50.543 euros en 2007.

Mais le revenu médian (50% des revenus sont supérieurs, 50% inférieurs), n’était lui que de 26.620 euros annuels en 2014.

En parallèle, « l’exercice en société continue sa croissance et s’apprête à dépasser l’exercice traditionnellement libéral », note M. Rouanet. Les architectes « renforcent leurs structures et multiplient les formes de collaboration pour répondre à la complexité croissante de la commande ».

En 2015, il y avait 14.429 architectes libéraux – contre près de 18.000 en l’an 2000 -, 12.156 associés, 1.034 salariés, 1.002 fonctionnaires.

« Lente mais durable », la baisse du nombre d’architectes libéraux est principalement due au choix des architectes jeunes qui préfèrent exercer comme associés dans des sociétés d’architecture, révèle l’étude, alors que « les libéraux expérimentés sont moins enclins à changer leur mode d’exercice ».

Si on dénombrait 29.700 architectes inscrits à l’Ordre en 2015, le nombre d’architectes libéraux a diminué de 397 par an en moyenne de 2008 à 2012, tandis que le nombre d’architectes associés augmentait de 406 en moyenne. Quant aux architectes salariés, leur nombre demeure stable depuis une dizaine d’années.

Et la baisse du nombre de libéraux s’est accentuée depuis 2012 : il ne s’agit pas là d’un « transfert » des libéraux vers les associés, mais bien d’un « arbitrage des nouvelles générations d’architectes qui diffère de celui des générations précédentes ».

– Plus d’auto-entrepreneurs –

En outre les nombreux départs à la retraite à venir parmi les architectes libéraux devraient accélérer cette tendance dans les prochaines années.

« Si cette évolution se poursuit dans les années à venir, en 2018 il pourrait y avoir davantage d’architectes associés que de libéraux », note l’étude.

Les jeunes diplômés s’insèrent très rapidement dans le monde professionnel (81% ont un emploi moins de 6 mois après leur diplôme), et le recours au statut d’auto-entrepreneur s’est « très remarquablement développé, notamment en début de carrière ».

Il y avait 5.821 architectes auto-entrepreneurs en 2014, un régime choisi par la majorité des architectes âgés de moins de 35 ans.

« Stratégie d’adaptation par gros temps ou phénomène de long terme ? » s’interroge le Cnoa, sans pouvoir trancher.

Longtemps très masculine, la profession d’architecte compte désormais 27% de femmes et même 46,2%, soit près de la moitié des effectifs, chez les jeunes (moins de 34 ans) contre… seulement 7,5% en 1982.

Encore en moyenne plus jeunes que les hommes, sous-représentées parmi les architectes libéraux et associés, et très présentes parmi les fonctionnaires et les salariés, les femmes ne gagnent encore que 57% du revenu moyen des hommes en 2014.

Mais chez les jeunes professionnels, cet écart est bien moindre, puisque les femmes de moins de 35 ans gagnent 83% du revenu médian des hommes.

Une fois diplômés, les jeunes architectes s’installent en priorité dans les grandes aires urbaines de la façade atlantique, en Ile-de-France, dans les Hauts-de-France et en Auvergne-Rhône-Alpes, montre l’étude.

La « densité » d’architectes est relativement faible en France: le pays ne compte que 45,2 architectes pour 100.000 habitants, contre 99,8 en moyenne dans l’ensemble de l’Union européenne – et 132,7 en Allemagne.

Mais en Ile-de-France, cette densité grimpe à 155 architectes pour 100.000 habitants.

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