A Amiens, la longue mobilisation du personnel d’un hôpital psychiatrique contre la « destruction » des soins

LILLE, 21 août 2018 (AFP) – Une partie des personnels de l’hôpital psychiatrique Philippe Pinel d’Amiens se mobilise depuis plus de deux mois pour protester contre la baisse du personnel et la fermeture de quatre services qui entraînent selon eux une « destruction » des soins.

« On est en train de tuer le soin psychiatrique, de détruire l’hospitalisation sans solution alternative. C’est une situation qu’on retrouve dans plein d’hôpitaux, nous on est peut-être l’un des pires », a assuré à l’AFP mardi la secrétaire générale de la CGT pour l’établissement Chrystèle Leclercq, 45 ans.

Depuis le 15 juin, une partie du personnel se relaie pour protester contre la fermeture de quatre services intervenue en quatre ans et le départ d’une dizaine de psychiatres d’ici 2019. Certains campent devant l’établissement quand d’autres tractent.

« On est très peu nombreux à pouvoir faire grève parce qu’on est assigné, mais les actions se font sur le temps libre », explique Catherine Obry, 55 ans, infirmière cadre non syndiquée. « Notre lutte est juste et doit aboutir. Les décisions (de l’ARS et de la direction) se font au détriment du patient. On n’arrive plus à trouver du sens à notre métier ».

Selon Mme Leclercq, 70% des postes de psychiatres en psychiatrie adulte seront vacants d’ici à la fin de l’année, et l’hôpital est en moyenne sur-occupé à 20%.

« Dans des services prévus pour 20, on ajoute des lits supplémentaires et on monte à 25, 28 patients, parce que les patients des services qui ont été fermés ne sont pas partis, mais ont simplement changé d’unité », assure-t-elle, dénonçant une « promiscuité insupportable ». « C’est fait dans le but de faire des économies, pas d’améliorer des soins ».

Le personnel mobilisé, environ 20% des 940 employés tous statuts confondus, demande la création de 60 postes soignants dans les services d’hospitalisation, la réouverture de deux unités de soins, la titularisation de tous les vacataires, des créations de postes dans la logistique et l’effacement de la dette qui s’élève selon la CGT à 12 millions d’euros.

Ils exigent également une table ronde avec l’Agence régionale de santé (ARS), la direction de l’hôpital, les syndicats et les associations de familles. « On veut cette réunion pour mettre à plat les choses et remettre le patient au coeur du sujet, mais on nous la refuse », affirme Marie Lefevre, 38 ans, infirmière non syndiquée.

L’ARS et la direction de l’hôpital n’avaient pas encore donné suite aux sollicitations de l’AFP mardi en milieu d’après-midi.