A la gare Saint-Lazare, les cheminots en grève appellent à la « convergence des luttes »

PARIS, 14 avril 2018 (AFP) – Des cheminots, postiers, personnels d’Air France en grève, des agents RATP, salariés de la distribution et étudiants en colère: ils étaient une centaine samedi à la gare Saint-Lazare, à Paris, pour partager leurs revendications et appeler à la « convergence des luttes ».

En cette fin de matinée de départ en vacances, et jour de grève à la SNCF, il n’y a pas foule à la gare. Quelques trains sont à quai. Un prêtre en soutane court, sa valise à la main, pour grimper dans celui partant à 11H03, direction Le Havre. Plus loin, au bout du quai n°27, des cheminots grévistes s’apprêtent à démarrer leur assemblée générale et à donner la parole à leurs invités.

Franck, aiguilleur à Saint-Lazare, cheminot depuis 1999 et délégué syndical SUD-Rail, est « en grève illimitée depuis le 3 avril », dit-il à l’AFP avant le début de l’AG. « Je ne suis pas payé. J’essaie de m’arranger. » Pour lui, la réforme de la SNCF telle que voulue par le gouvernement, « ce n’est pas négociable ».

Aurélien Marchand, délégué SUD-Rail, est lui aussi un gréviste non-stop, qui suit ainsi l’appel à la grève illimitée de son syndicat. « On va débattre surtout de ce qui ne va pas dans les services publics. C’est une question de fond, souligne-t-il. Est-ce qu’un service public doit être rentable? Est-ce qu’il y a une dette à l’armée, à la police? »

Il grimpe à l’avant d’une locomotive orange, décorée de drapeaux SUD et CGT. Ce sera l’estrade des orateurs.

Premier à prendre la parole, Nicolas, cheminot CGT, affirme que « la grève est toujours aussi forte » à la SNCF – malgré des taux de grévistes annoncés en baisse -, et même « encore plus forte » dans certaines régions. « On va gagner grâce à la stratégie » de grève deux jours sur cinq du trio CGT-Unsa-CFDT, prévoit-il. Et « la mobilisation du 19 » avril, journée d’action interprofessionnelle CGT et Solidaires, « doit être une réussite »!

Au président Emmanuel Macron qui « rêve de casser le service public, on peut dire que nous serons son pire cauchemar », promet ensuite David de SUD-Rail, qui appelle à « se battre pour les conditions de travail, les salaires, le service public et, plus globalement, pour construire une autre société ».

– Contre « la destruction sociale » –

Héloïse, du Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (BAAM), grimpe à son tour sur la loco, appelant à manifester dimanche à Paris contre le projet de loi « asile et immigration », qui sera débattu à partir de lundi à l’Assemblée nationale. « La migration a toujours été le laboratoire de la destruction sociale », dénonce-t-elle.

Puis c’est Pablo, enseignant-chercheur et militant CGT, qui s’exprime au micro. A l’université, « ça craque de partout. Il y a de moins en moins de profs. Des départs à la retraite ne sont pas remplacés ».

« Tous ensemble, on peut casser ceux qui ont le pouvoir » et empêcher « la précarisation du boulot », estime Alexandre (SUD), qui travaille à Air France, où une mobilisation est en cours pour les salaires. Laurent, de la CGT Commerce, revient sur la grève récente chez Carrefour et appelle à se mobiliser « le 19 avril ».

Estéban, facteur des Hauts-de-Seine, est en grève « depuis le 26 mars ». « Nous sommes opposés à la dégradation de nos conditions de travail et pour la convergence des luttes. Nous sommes la force exécutive qui fait tourner ce pays », explique-t-il, au côté de Gaël Quirante, le militant SUD-PTT dont le licenciement a été validé en mars par la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Philippe, de la CGT-RATP, veut secouer les « directions syndicales ». Il exige d’elles une « grève générale SNCF-RATP » car « bloquer Paris, c’est bloquer Macron! »

Victor, « l’un des sept étudiants interpellés lundi dernier à la fac de Nanterre », dénonce « une remise en cause de l’université gratuite, ouverte à tous ». Son souhait? Que « la convergence s’exprime au quotidien par la grève » et contre « une société qui écrase ».

er/lum/ bma