A la SNCF, grève et unité syndicale toujours à l’ordre du jour

PARIS, 6 juin 2018 (AFP) – « On lâche rien », chantent les sonos des manifestations de cheminots. « On maintient la pression », répètent leurs syndicats qui continuent d’afficher leur unité contre la réforme ferroviaire alors que le 14e épisode de grève débute mercredi soir à la SNCF.

L’objectif est de peser sur la fin du circuit législatif de la réforme et les étapes suivantes: les négociations de la convention collective nationale de la branche ferroviaire et celles au sein de l’entreprise SNCF.

Si l’intersyndicale est unie, elle est aussi plurielle. D’une part, l’Unsa et la CFDT qui ont proposé des amendements au projet de loi, afin d’atténuer l’impact d’un projet qu’elles réprouvent. D’autre part, la CGT et SUD-Rail qui réclament le retrait du texte.

Plus radical, SUD-Rail rejette même des amendements « ne garantissant pas grand-chose ». Plus nuancée, la CGT salue une mobilisation qui a permis « de peser sur les discussions et négociations ».

Après l’adoption en première lecture du projet du loi mardi au Sénat, après celle mi-avril à l’Assemblée, les deux versions du « nouveau pacte ferroviaire » seront examinées lundi par les parlementaires d’une commission mixte paritaire (CMP). Ils devront trouver un texte de compromis avant le vote définitif de la loi.

« A ce jour, nous n’envisageons pas de sortir du mouvement », a affirmé mercredi à l’AFP Roger Dillenseger, leader de l’Unsa ferroviaire. Le deuxième syndicat de la SNCF avait envisagé fin mai de sortir de la grève après le vote du Sénat.

La semaine prochaine sera « importante avec la CMP » et sans doute « la réunion tripartite (gouvernement, syndicats, patronat) de relance des négociations dans la branche », a souligné Sébastien Mariani, secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminots. Le 4e syndicat de la SNCF a présenté de nouvelles propositions en vue de cette CMP, « attend des réponses de l’UTP » (Union des transports publics et ferroviaires, patronat) et des précisions de la direction de la SNCF pour « redonner confiance aux cheminots ».

« Pour l’instant, on n’a pas du tout de visibilité, on jugera au global » avant de décider une éventuelle sortie de la grève, a souligné M. Mariani.

L’Unsa également « estime devoir faire pression sur la réunion tripartite », a ajouté M. Dillenseger. Selon le ministère des Transports, la date de cette réunion, prévue « d’ici mi-juin », n’est « pas encore fixée ».

– « La colère cheminote » –

Actuellement, « rien ne nous montre qu’il y aurait des divergences majeures entre les organisations syndicales », soulignait mardi Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots (1er syndicat). « Les quelques amendements qui ont été validés ne remettent pas en cause le coeur des craintes des cheminots », répondait-il aux lecteurs du Monde.

Pour appuyer leurs revendications, les quatre syndicats représentatifs prévoient un nouveau temps fort de mobilisation unitaire mardi prochain, une « Journée de la colère cheminote ». Comme lors de la « Journée sans cheminots » du 14 mai, ils espèrent regonfler la participation à la grève, qui s’est effritée au fil des épisodes depuis le lancement du mouvement début avril.

Jeudi, l’intersyndicale se retrouvera pour préparer cette mobilisation spéciale, ainsi que la prochaine réunion tripartite, mais également pour analyser le texte issu du Sénat et « évaluer le rapport de force », selon l’ordre du jour de cette réunion communiqué à l’AFP.

SUD-Rail va proposer à ses partenaires de manifester lundi en marge de la CMP. Il appelle aussi les cheminots « à participer jeudi aux assemblées générales pour décider de la suite du mouvement et du calendrier » de la grève.

L’Unsa va de son côté « soumettre » aux autres syndicats l’idée d' »une parenthèse pour la journée du 18 juin », prévue en grève, afin de ne pas gêner les candidats au bac dans leurs déplacements, a indiqué à l’AFP Florent Monteilhet, secrétaire fédéral de l’Unsa ferroviaire.

Les syndicats, notamment par des délégations venues de Lorraine, feront aussi entendre leur voix jeudi à Luxembourg, à l’occasion d’un conseil des ministres européens des Transports.

Le même jour est prévue à Bobigny l’audience au fond dans l’affaire du non-paiement par la SNCF de certains jours de repos des grévistes.

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