A l’heure du déconfinement, l’aide alimentaire plus que jamais bienvenue

PARIS, 19 mai 2020 (AFP) – « Je n’avais jamais demandé l’aide alimentaire avant »: à la distribution de colis de la région Ile-de-France, étudiants et mères de familles témoignent de la montée de la précarité que beaucoup redoutent après la crise sanitaire du coronavirus.

En ce lundi après-midi, Christine, 35 ans, est arrivée très en avance à la salle des Fêtes de Deuil-la-Barre, dans le Val d’Oise, où 300 colis de pâtes et de compotes doivent être distribués.

« Ca va aider », dit cette mère d’un petit garçon de cinq ans. « Comme on était confiné, on a mangé plus. Le budget nourriture, c’est 100 euros de plus par mois », soupire Christine qui, malgré son bac+2 en comptabilité, n’arrive pas à trouver du travail. « Je redoute que ce soit encore plus compliqué après ».

Face à la montée de la précarité, la région Ile-de-France a commencé le 30 avril à distribuer des paniers d’aliments de première nécessité aux plus démunis, identifiés par des associations.

Trois cent cinquante familles à Montfermeil, 600 à Saint Denis… A Deuil-la-Barre, ce sont 280 familles qui sont éligibles à la distribution, déjà menée dans une dizaine de villes.

L’opération doit durer jusqu’à l’été, voire au-delà, affirme Valérie Pécresse, la présidente (ex-LR) de la région, venue assister à la distribution.

« Je m’attends à ce qu’en septembre la situation économique soit encore plus grave que maintenant », explique-t-elle, en parlant d’une crise « au moins jusqu’en décembre ».

Parmi les bénéficiaires, beaucoup de femmes, à la tête de familles monoparentales, et qui peinent à sortir la tête de l’eau.

« J’ai travaillé jusqu’au 13 mars » soit le vendredi avant le confinement, « puis l’entreprise a fait partir les intérimaires », raconte Séverine, préparatrice de commandes à 41 ans, qui s’est retrouvée sans emploi après 10 mois d’intérim.

– Agriculteurs locaux –

« Le marché à Saint-Denis a fermé et le supermarché c’est deux fois plus cher. Je dois 1.000 euros à EDF, j’ai du mal à payer les 950 euros de loyer… c’est difficile », soupire cette mère de quatre enfants, qui vient pour la première fois à une distribution alimentaire.

Le déconfinement n’a rien arrangé pour elle, puisque les horaires réduits des RER l’empêchent de reprendre son emploi en horaires décalés, à Bussy-saint-Georges. « Espérons qu’en juin ça ira mieux », dit-elle.

Pour les plus démunis, la perte de revenus entraîne des choix difficiles, et parfois lourds de conséquences pour l’avenir.

« Quand on doit choisir entre manger et se loger, on va d’abord manger », explique la maire de Deuil, Muriel Scolan, qui redoute de voir « dans les prochains mois beaucoup de personnes en difficulté, ne payant pas leur loyer, et se retrouvant menacés d’expulsion ».

Mme Pécresse s’inquiète d’une « génération sacrifiée » chez les jeunes.

Une quarantaine d’étudiants sont aussi sur la liste des bénéficiaires de lundi. « J’avais un job dans une supérette, ils ont réduit le personnel… ça fait 450 euros de revenus en moins », dit Wilfried, 28 ans, étudiant en master finances.

Pour lui aussi, faire la queue pour un colis alimentaire est une nouveauté, qui s’est imposée avec la crise sanitaire. « J’ai parfois mangé deux fois par jour au lieu de trois » ces derniers temps, avoue-t-il.

Le programme a été alimenté au démarrage par les stocks des cantines, qui ne pouvaient être utilisés avec le confinement. La région compte progressivement y ajouter la production d’agriculteurs d’Ile-de-France.

« On leur achète leurs surplus jusqu’à décembre », explique Mme Pécresse, dans le cadre d’un « programme alimentaire régional » lancé avec la chambre régionale d’agriculture, et chiffré à « un million d’euros ».

A Deuil-la-Barre, chacun a reçu un gros sac de pommes de terre locales dans son panier, à côté des paquets de coquillettes, yaourts, compotes et boîte de petites pois.

« De quoi tenir plusieurs jours », se réjouit Wilfried.

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