A Lyon, la grève des éboueurs prend un tournant judiciaire

LYON, 17 avril 2019 (AFP) – Dix des éboueurs en grève à Lyon et Villeurbanne depuis le début avril ont été assignés en référé devant le tribunal de Lyon par leur employeur, le groupe Pizzorno, qui réclame l’expulsion des grévistes du site de Vénissieux (banlieue de Lyon).

Pizzorno Environnement, chargé de la collecte des déchets ménagers sur Lyon et Villeurbanne depuis 2017, dénonce un « blocage constant et réel » du site de Vénissieux par les salariés grévistes, empêchant leurs collègues non-grévistes « d’exercer leur travail », a plaidé l’avocat de la société, Me Eric de Berail.

« L’objectif de l’expulsion n’est pas de faire cesser le mouvement de grève; ce qui n’est pas admissible c’est la cohorte d’agissements qui ont fait sortir le mouvement de la légalité », a ajouté Me de Berail, en déplorant « des actes de sabotage sur douze camions-bennes ».

Des éboueurs de Pizzorno sont en grève depuis le 2 avril pour réclamer une revalorisation salariale de 300 euros et des améliorations de leurs conditions de travail.

Leurs homologues employés par la métropole de Lyon avaient eux cessé le travail entre le 19 mars et le 5 avril, un accord ayant abouti à une augmentation comprise entre 82 euros et 159 euros bruts mensuels et au recrutement de 20 éboueurs avant le 1er juillet.

Pour l’avocate des salariés, Me Lucie Davy, « le fait de tenir un piquet de grève n’est pas en soi illégal ». Les constats d’huissiers dressés à la demande de la direction « ne mettent aucun des salariés grévistes en avant » dans les blocages, a-t-elle relevé.

L’avocate a également estimé que le durcissement du conflit était « exclusivement de la responsabilité du groupe Pizzorno » de par son absence de négociation.

Délégué syndical Solidaires du Rhône, Judicaël Dissake a considéré devant la presse que cette procédure était un « coup de pression pour déstabiliser la grève ».

« Ils viennent de nous souder encore plus », a-t-il lancé sous les hourras de la quarantaine d’éboueurs grévistes et de militants syndicaux venus les soutenir.

Le juge rendra sa décision jeudi en fin de matinée.

De son côté, Pizzorno s’est engagée à assurer à partir de jeudi matin « le service de collecte à 100% sur l’ensemble de leurs tournées habituelles », a indiqué mercredi soir la métropole de Lyon dans un communiqué, après avoir rappelé à l’entreprise ses responsabilités et les pénalités financières qu’elle encourt.

Le groupe s’est également engagé à « rattraper le retard accumulé de la collecte depuis deux semaines d’ici samedi soir », ajoute la métropole.

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