A peine formé, le géant de l’assurance AG2R La Mondiale Matmut explose

 PARIS, 9 mai 2019 (AFP) – Quatre mois de mariage et un divorce. Tout juste formé, l’attelage AG2R La Mondiale et Matmut, mastodonte emblématique des récents rapprochements dans le monde de l’assurance française, a explosé de manière inattendue, son dirigeant évoquant des différences de « culture ».

« La décision a été prise de ne pas poursuivre le chemin ensemble », a déclaré jeudi à l’AFP André Renaudin, directeur général d’AG2R La Mondiale Matmut et du seul AG2R La Mondiale, annonçant « un processus de séparation ».

C’est la fin d’une aventure commune qui venait pourtant de commencer: depuis le 1er janvier 2019, AG2R La Mondiale et Matmut étaient mariés, un peu plus d’un an après l’annonce de leurs fiançailles.

Le premier est un géant de la protection sociale, qui propose des offres de mutuelle santé, de prévoyance ou de retraite complémentaire. Il fonctionne principalement dans le monde du paritarisme, au sein des entreprises, et revendique 15 millions d’assurés.

Le second est largement centré sur l’assurance de biens, c’est-à-dire en premier lieu l’habitation et l’automobile. Il dit détenir près de 7 millions de contrats.

Le mariage s’était donc fait dans une optique complémentaire. A ce titre, il s’inscrivait dans un contexte plus large de rapprochements dans l’univers français de l’assurance mutualiste, un modèle différent des entreprises détenues par des actionnaires et cotées en Bourse.

Dans un secteur confronté à une réglementation plus contraignante et une concurrence accrue, les groupes mutualistes Harmonie, MGEN et Istya ont ainsi constitué le géant Vyv tandis que les compagnies Macif et Aesio se sont également associés.

– D’autres échecs du secteur –

En l’absence d’actionnariat classique – les groupes mutualistes sont détenus par leurs sociétaires, c’est-à-dire les assurés eux-mêmes -, ces rapprochements sont complexes car ils passent par une structure spécifique, la « société de groupe d’assurance mutuelle » (SGAM). Elle s’apparente à une holding, avec des obligations de solidarité financière, mais sans lien capitalistique.

Parallèlement aux rapprochements emblématiques, des tentatives ont échoué. Chez les assureurs centrés sur les biens, Macif et Matmut ont, eux-mêmes, essayé avant d’y renoncer en 2016. La même année, dans le monde de la protection sociale, Malakoff Mederic et la Mutuelle Générale abandonnaient un projet semblable.

A ce cimetière, s’ajoute désormais AG2R La Mondiale Matmut, avec la spécificité que le mariage était cette fois devenu une réalité.

L’annonce est, à ce titre, une surprise. Voici un mois, les différentes entités étaient encore publiquement réunies pour annoncer leurs premiers résultats communs. Ils étaient contrastés entre un bénéfice en recul et une légère hausse du chiffre d’affaires à un peu moins de 12 milliards d’euros en 2018.

Selon M. Renaudin, ce n’est pas le modèle économique de cette union qui est en cause. Il promet qu’il ne « ferme absolument pas la porte » au projet d’un géant diversifié entre protection sociale, assurance vie et assurance de biens.

« Au fond, ce qui a été sous-estimé, c’est la différence de culture d’entreprise » entre AG2R La Mondiale et Matmut, a-t-il plutôt avancé. « Dans les équipes managériales, (…) la greffe n’a pas pris ».

Selon lui, le nouveau groupe n’a pas su bâtir un organigramme adapté à ces différentes cultures, un constat qu’il dit partagé par les responsables de Matmut en vue d’une séparation « amiable ».

Pour autant, le directeur général de ce dernier, Nicolas Gomart, a exprimé jeudi sa « stupéfaction » sur Twitter après l’annonce du retrait de La Mondiale.

C’est en effet cette seule composante d’AG2R La Mondiale qui a lancé les hostilités jeudi en suspendant sa participation à l’ensemble, avant que celui-ci en prenne acte en décidant la dissolution.

Le retrait de La Mondiale a été décidé « de manière brutale et unilatérale », a regretté M. Gomart.

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