A quoi cela sert-il de soutenir les entreprises?

PARIS, 18 mars 2020 (AFP) – N’y a-t-il pas plus urgent, pour le gouvernement et en période de crise sanitaire, que de se porter au chevet des entreprises? Pas forcément, car une chute même temporaire de leur activité peut avoir de vastes conséquences, économiques, sociales, sociétales.

. Quel objectif?

« Nous voulons éviter ce qui a été observé en 2008: il avait été très difficile de sauver un certain nombre d’entreprises et on avait mis beaucoup de temps à repartir », a détaillé Edouard Philippe mardi soir.

Les entreprises ont des charges fixes, à honorer quel que soit le résultat de leur activité: les salaires, bien sûr, mais aussi les fournisseurs, le loyer, les impôts… Sans rentrée d’argent, même sur une période limitée, elles peuvent épuiser leurs réserves de « cash ».

Or, cette trésorerie, « c’est le nerf de la guerre », résume à l’AFP Pierre Goguet, le président de CCI France. « Sans trésorerie, une entreprise est en cessation de paiement et dépose le bilan », laissant salariés sur le carreau et fournisseurs non payés.

. Pourquoi aller vite?

Gaëtan Poulain, patron d’une entreprise de traiteur morbihannaise, est « à l’arrêt depuis 15 jours ». Il se réjouit aujourd’hui d’avoir vite pris ses dispositions: anticipant des centaines de milliers d’euros de perte de chiffre d’affaires sur mars, avril et mai, il s’est rapproché de ses fournisseurs comme des banques, pour suspendre des remboursements d’emprunts et solliciter de la trésorerie.

Beaucoup « assèchent leur trésorerie au lieu d’aller de suite demander de l’aide », avertit Pierre Goguet. « La situation va durer, il faut tout de suite utiliser les possibilités de rééchelonnement ».

« Les dégâts seront directement liés à la non rapidité de mise en oeuvre des mesures », glisse-t-il encore. « Les échéances fiscales et sociales de mars ne doivent pas être payées, et il faudra que les banques fassent la jonction entre le paiement des salaires par les entreprises et l’indemnisation par l’Etat. »

. Pourquoi des reports de charge?

Les mesures annoncées par le gouvernement mardi, directement inspirées de la réponse allemande à la crise de 2008, sont de deux grands ordres d’idées: des reports de charges, et une facilitation importante du recours au chômage partiel.

« Il y a des activités à l’arrêt, comme la restauration, avec parfois des effets boule de neige », explique Jean-Marc Morel, associé du cabinet d’expertise-comptable RSM. Si un restaurateur ne peut payer ses fournisseurs, ceux-ci sont à leur tour en danger. « Il ne faut pas couper d’un coup le paiement des fournisseurs », insiste-t-il.

Dans ce contexte, le gouvernement a proposé des reports de charges fiscales et sociales à hauteur de 32 milliards d’euros. L’Etat français est logiquement mieux armé, pour faire face à un important manque à gagner, que des entreprises.

. Pourquoi le chômage partiel?

Le gouvernement a écarté l’interdiction administrative de licenciement, mais entend faire en sorte « qu’il ne soit pas utile » de le faire pour équilibrer les comptes des entreprises. Pour éviter des conséquences sociales évidentes, et aussi pour que les entreprises puissent « préserver les compétences » en leur sein.

Les transporteurs routiers, par exemple, connaissent « une pénurie de chauffeurs ». « Si on n’est pas en mesure de les garder au sein des entreprises, ils ne reviendront pas », confiait récemment à l’AFP la déléguée générale de la Fédération nationale (FNTR), Florence Berthelot.

En outre, les salaires sont souvent le poste de dépense le plus important d’une entreprise. « La décision d’étendre le chômage partiel à 4,5 fois le Smic peut nous soulager de la grosse partie de nos charges pendant la période », témoigne Ludovic Chisloup, directeur d’Evocime, une entreprise bretonne de formation professionnelle dont « quasiment tous les salariés sont en chômage partiel » depuis lundi.

. Est-ce que ce sera suffisant?

« Sans ça, on ne sait pas comment on peut tenir en sortie de crise », poursuit-il. Car pendant un mois, un mois et demi, son entreprise n’aura « pas produit » et s’expose à un trou de trésorerie en juin ou juillet.

« Ce qui manque aujourd’hui, c’est d’anticiper la relance ensuite, parce que les indicateurs ne sont pas bons », explique encore Ludovic Chisloup, en faisant état d’annulations ou de diminutions d’appels d’offres dans son secteur.

« La Chine va plus facilement redémarrer parce que son activité est largement industrielle », abonde Jean-Marc Morel, craignant « une deuxième vague d’entreprises » en grosses difficultés après la sortie de crise en France.

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