Accélérer le déconfinement? le gouvernement avance « avec prudence », Macron s’exprimera dimanche

PARIS, 10 juin 2020 (AFP) – Emmanuel Macron va s’adresser aux Français dimanche, à l’approche d’une nouvelle phase de déconfinement, alors que le gouvernement écarte pour l’instant les multiples appels de responsables politiques et patronaux à accélérer au vu de l’évolution positive de la situation sanitaire.

Il pourrait notamment évoquer le plan de relance économique qui doit être effectif à la rentrée, selon un cadre de la majorité. Le gouvernement a présenté mercredi en Conseil des ministres un nouveau volet du budget de crise, qui devrait se monter au total à 460 milliards d’euros face à une chute annoncée de 11% du PIB et 800.000 emplois perdus attendus.

La troisième étape du déconfinement est maintenue au 22 juin. Elle doit permettre, en Île-de-France, la Guyane et Mayotte encore en zone orange, aux restaurants d’exploiter davantage que leurs seules terrasses ainsi que la réouverture des cinémas et des salles de spectacle.

« Même si l’épidémie est maîtrisée, le virus circule toujours sur le territoire national », a expliqué la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye à la sortie du Conseil des ministres mercredi.

« Nous avançons avec beaucoup de prudence et de sérieux », a-t-elle insisté, tout en estimant que « la France est très largement aux avant-postes du déconfinement lorsque l’on compare avec les pays voisins ».

Sibeth Ndiaye a cependant précisé que deux conseils de défense « spécifiquement consacrés à la question sanitaire » se tiendraient vendredi et la semaine prochaine, qui « nous permettront de voir ce qu’il est possible de faire évoluer dans la perspective du 22 juin ».

Une manière de montrer que le gouvernement est prêt à réviser sa position. Dès mardi, le secrétaire d’État en charge du tourisme Jean-Baptiste Lemoyne avait indiqué que les restaurants d’Ile-de-France pourraient rouvrir « un peu plus tôt que le 22 juin » si la situation sanitaire évolue favorablement.

Car plusieurs voix se sont élevées, ces derniers jours, pour réclamer d’aller plus vite alors que le Conseil scientifique a déclaré la situation sanitaire « sous contrôle ».

Le patronat a ainsi appelé le gouvernement à accélérer, le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux lui demandant de « réviser les protocoles sanitaires s’appliquant en entreprise » pour permettre un « retour à la normale » rapide.

Lundi l’Umih, principal syndicat du secteur de l’hôtellerie-restauration, avait demandé que cafés, bars et restaurants d’Ile-de-France, de Guyane et de Mayotte puissent « rouvrir rapidement », jugeant qu’une exploitation « limitée aux seules terrasses » n’était « pas rentable ».

Côté politique, la maire PS de Paris Anne Hidalgo n’a pas mâché ses mots en réclamant « cohérence » et « pragmatisme »: « Si les indicateurs relatifs à l’évolution de l’épidémie sont au vert, il faut qu’on passe au vert ».

– « Le pays va crever » –

La droite a abondé. « Désormais, il y a vraiment urgence à déconfiner notre pays », a déclaré le chef des députés Les Républicains Damien Abad mercredi, déplorant un « décrochage économique très important » à cause de la « lenteur dans le déconfinement ». Son groupe va d’ailleurs y consacrer sa niche parlementaire, jeudi.

« Il faut que l’Ile-de-France passe au vert », a aussi martelé la présidente de la région Valérie Pécresse (Libres!, ex-LR), rapportant des « pertes abyssales » pour les transports publics.

L’ancien ministre Philippe de Villiers, fondateur du parc du Puy-du-Fou en Vendée, a rapporté une conversation récente avec Emmanuel Macron: « En fait, il voulait déconfiner plus vite. C’est ce qu’il m’a dit. Il m’a dit: +sinon, le pays va crever+ ». Selon lui, c’est surtout Edouard Philippe qui a freiné.

Autre sujet brûlant, l’école, tout autant pour permettre aux parents de reprendre le travail posté que pour des raisons éducatives. Or selon les derniers chiffres du ministère, seulement 1,8 million d’écoliers – sur un total de 6,7 millions – sont retournés à l’école et rarement à temps complet.

Dix-sept maires franciliens de gauche, regroupés dans une coordination « bouclier anti-covid », ont écrit au Premier ministre mercredi pour plaider « un retour à l’école le plus rapidement possible pour nos enfants » pour éviter de « lourdes conséquences en terme de socialisation, de suivi scolaire ou encore de lutte contre les inégalités de destins ».

Dans l’entourage du ministre de l’Education nationale, on donne des signes d’ouverture, assurant que familles et professeurs se tiennent prêts à reprendre si le protocole sanitaire est assoupli.

Plus généralement, le gouvernement souhaite mettre fin le 10 juillet à l’état d’urgence sanitaire instauré fin mars, en insistant sur « l’évolution à ce stade positive de la situation sanitaire ». Une décision qui pourrait en appeler d’autres.

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