Accusations de travail forcé au Qatar: Vinci demande désormais un euro à Sherpa pour diffamation

PARIS, 11 octobre 2018 (AFP) – Le groupe français de BTP Vinci demande un euro symbolique et non plus 350.000 euros dans le cadre de sa plainte en diffamation contre l’association Sherpa, qui l’accuse de « travail forcé » sur les chantiers du Mondial-2022 au Qatar, a-t-on appris jeudi de sources concordantes.

L’ONG, qui s’est fixée pour but de défendre les populations victimes des crimes économiques, avait déposé en mars 2015 une plainte en France contre Vinci Construction Grands Projets et sa filiale au Qatar pour « travail forcé », « réduction en servitude » et « recel » sur les chantiers du Mondial. En février, l’enquête préliminaire visant Vinci a été classée sans suite. Mais fin septembre, l’ONG a déposé une plainte avec constitution de partie civile, ce qui devrait entraîner l’ouverture d’une instruction.

Face aux accusations de Sherpa, Vinci avait déposé plainte pour diffamation. Cette procédure s’inscrit dans le cadre de la riposte judiciaire déclenchée par Vinci contre Sherpa après sa plainte de mars 2015. Le groupe BTP a déjà poursuivi l’association pour atteinte à la présomption d’innocence, en référé (procédure d’urgence) puis au fond, mais ces deux procédures ont échoué.

« Vinci ne demande plus qu’un euro symbolique de dommages et intérêts dans le cadre de sa plainte en diffamation, et non plus 350.000 euros initialement réclamés à Sherpa et à deux de ses salariées », s’est félicité l’ONG dans un communiqué.

Après la plainte déposée en mars 2015, « Vinci avait initié une série de poursuites-bâillons contre l’association », écrit Sherpa. « Ces poursuites stratégiques visent à faire pression, fragiliser financièrement et isoler tout journaliste, lanceur d’alerte ou organisation qui mettrait en lumière les activités et pratiques néfastes de géants économiques », poursuit l’ONG.

L’avocat de Vinci, Jean-Pierre Versini-Campinchi, a confirmé à l’AFP que le groupe de BTP demandait un euro symbolique à Sherpa. « La direction de Vinci a constaté que les ONG polluent le débat en disant qu’elles sont victimes d’action de +bâillonage+, qu’on leur demande des sommes extravagantes pour les étrangler », a-t-il déclaré.

« Les directeurs de Vinci ont décidé de dépolluer le débat en considérant qu’ils n’avaient aucune chance de récupérer un centime contre cette ONG qui est complètement insolvable », a poursuivi l’avocat, qui entend aller « jusqu’au bout ». « Ces gens-là nous ont calomniés et diffamés et on ne va pas s’arrêter là ».

La date du procès en diffamation n’est pas encore fixée.

ctx/spe/mw/pg