Action Logement, géant du logement social, sur la défensive après une année « pas facile »

PARIS, 26 novembre 2019 (AFP) – Ponctionné financièrement par le gouvernement et sous la pression de rapports qui s’annoncent critiques, l’organisme paritaire Action Logement concède avoir vécu une « année pas facile », à rebours des espoirs suscités au début de 2019 par l’annonce d’un plan de plusieurs milliards d’euros.

« L’année n’a pas été facile », a reconnu mardi Bruno Arcadipane, président d’Action Logement, lors de la convention annuelle de cet organisme géré par le patronat et les syndicats. « Ces douze derniers mois ont été l’occasion pour certains de se livrer à de l’+Action Logement bashing+ », a-t-il regretté.

Créé en 1953, l’ancien 1% Logement est non seulement un géant du logement social – il détient près d’un cinquième des HLM français – mais aussi du logement en général: il est assis sur un patrimoine de quelque 80 milliards d’euros, dont 55 milliards pour les seuls actifs immobiliers.

A partir de ces ressources, « nous faisons, contrairement à ce qu’on en dit, beaucoup », a insisté M. Arcadipane.

De fait, l’année d’Action Logement était partie pour être dominée par l’annonce, début 2019, d’un plan gigantesque en faveur du logement des salariés. D’un montant de neuf milliards d’euros, ce plan, élaboré de concert avec le gouvernement, passe entre autres par la transformation de bureaux en logements, ainsi que des aides financières directement versées aux particuliers.

Mais l’année s’est progressivement gâtée, sur fond de tensions avec l’Etat. Ses représentants, présents au sein du conseil d’administration, ont d’abord critiqué la manière dont le groupe était dirigé, contribuant à faire avorter le départ annoncé de l’actuel directeur général, Bruno Arbouet.

– « Mépris » du gouvernement –

Depuis, la presse – notamment le quotidien L’Opinion et le site Batiactu – s’est faite l’écho de plusieurs rapports en préparation sur la manière dont fonctionne le groupe, qui viendront de la Cour des comptes, de l’Inspection générale des finances (IGF), dépendant du Ministère des finances, et de l’Ancols, régulateur du logement social.

Leur ton, notamment le dernier, s’annonce critique, en particulier en ce qui concerne Action Logement Services, filiale dédiée parmi d’autres choses à la collecte de la taxe des entreprises.

Reconnaissant que ces rapports pointent « un certain nombre de difficultés », M. Arbouet a évoqué mardi à demi-mot une instrumentalisation par l’exécutif.

« Il a fallu faire face à une campagne de dénigrement voire de déstabilisation dont la presse a pu rendre compte avec plus ou moins de bonheur », a-t-il affirmé.

Il faut que « l’Etat reconnaisse en nous un partenaire légitime qui doit être respecté », a enchaîné M. Arbouet, dénonçant des « coups de menton » de l’exécutif, voire une forme de « mépris », alors que le ministre du Logement, Julien Denormandie, doit intervenir plus tard dans la journée.

A cela s’ajoute un sujet financier: le gouvernement a prélevé plusieurs centaines de millions d’euros sur les comptes d’Action Logement pour boucler son budget 2020.

La mesure n’est certes pas inhabituelle pour l’exécutif, qui se sert régulièrement de l’organisme comme d’une béquille à sa politique du logement, mais cette mise à contribution intervient alors même qu’Action Logement voulait prouver sa capacité à agir seul, via son grand plan d’aide.

« Impécunieux », l’Etat « n’hésite pas à se comporter de façon archaïque » par un tel prélèvement, a dénoncé M. Arbouet, promouvant par contraste la capacité de son organisme à investir et se réformer.

« Qui d’autre que nous a su se moderniser en rationalisant nos implantations, en modernisant notre offre (…) sans casse sociale? », a-t-il martelé.

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