AG des sociétés: les rémunérations des dirigeants largement approuvées en 2018

PARIS, 19 juin 2018 (AFP) – Les actionnaires ont cette année encore soutenu dans leur majorité les propositions des conseils d’administration lors des assemblées générales, y compris sur les questions de rémunération des dirigeants, selon une étude publiée mardi.

Au total, 91% des résolutions ont été votées sans contestation pour les entreprises du CAC 40, et ce chiffre est encore plus élevé (94%) pour les sociétés qui composent le Next 80 (qui rassemble 80 autres grands groupes cotés à la Bourse de Paris, le cumul du CAC et du Next formant l’indice SBF 120), relève cette étude réalisée par l’Hebdo des AG, qui a passé en revue 108 assemblées générales d’entreprises du SBF 120 tenues à ce jour.

Le thème le plus attendu, la rémunération des dirigeants, n’a pas provoqué de remous, remportant davantage encore l’adhésion des actionnaires que les années précédentes.

« Le fait, pour les actionnaires, d’avoir davantage de pouvoir avec la loi Sapin 2 n’a pas induit de contestation plus forte », note ainsi l’étude.

Le « say on pay », la rémunération des dirigeants mandataires sociaux, a recueilli 86% de votes favorables pour les sociétés du CAC 40 contre 84% en 2017. Pour les sociétés du Next 80, il faut même compter 93% de votes favorables, 4% de plus que l’année précédente.

« La rémunération moyenne d’un dirigeant du CAC 40 s’établit après les AG 2018 (…) à 5,1 millions d’euros pour 2017, soit +14% par rapport à 2016 », relève l’étude.

– Féminisation insuffisante –

Dans un contexte économique porteur pour les sociétés, « cela signifie que les actionnaires n’ont pas sanctionné les hausses si elles reflètent des hausses de résultats », explique à l’AFP Bénédicte Hautefort, éditrice de l’Hebdo des AG.

Toutes les sociétés du SBF 120 utilisent à la fois des critères financiers et extra-financiers pour calculer les bonus de leurs dirigeants, notamment le chiffre d’affaires, tandis que les critères de RSE (responsabilité sociétale des entreprises) restent très faibles, selon l’étude.

S’ils ont très majoritairement approuvé les rémunérations, les actionnaires sont plus critiques vis-à-vis des indemnités de fin de contrat et de non-concurrence pour les dirigeants en partance.

L’exemple de Carrefour a été édifiant, note ainsi l’étude. Au cours de l’assemblée générale du groupe le 15 juin, son PDG Alexandre Bompard a été sommé de justifier la rémunération de son prédécesseur Georges Plassat. Si l’indemnité a bien été votée avec le soutien des investisseurs institutionnels, cela s’est fait avec des scores faibles. Finalement, sous la pression du gouvernement, l’ancien PDG a renoncé le lendemain à son indemnité de non-concurrence de près de 4 millions d’euros.

Autre thème soulevé par les actionnaires, la féminisation insuffisante des instances dirigeantes. Ainsi, le SBF 120 compte seulement 4 présidentes, 5 vice-présidentes et 4 dirigeantes exécutives.

Enfin, la question de la place des administrateurs salariés reste de mise. « Fruit de la loi Rebsamen, une société du SBF 120 sur deux a intégré au moins un administrateur salarié. 26 sociétés du CAC 40 et 34 sociétés du Next 80 », indique l’étude.

Mais il reste du chemin à parcourir pour que cette pratique s’impose.

« Force est de constater que la France est un champion de l’actionnariat salarié. Mais dans la gouvernance ce n’est pas le cas, il y a encore des progrès à faire, notamment dans la façon dont les administrateurs salariés sont considérés » par les autres acteurs de l’entreprise, observe ainsi Mme Hautefort.

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