Aide-soignante, avocat ou cheminot: quand les députés parlent de leur propre retraite

PARIS, 17 février 2020 (AFP) – Certains s’appuient volontiers sur leur métier d’origine, d’autres s’y refusent: l’examen de la réforme des retraites renvoie chaque député à son propre parcours professionnel.

– Caroline Fiat, l’aide-soignante

En fin de carrière, « vu que j’aurai l’âge d’être en Ehpad (maison de retraite), est-ce qu’en compensation je pourrai dormir sur place le soir? », a ironisé l’insoumise en commission.

Après avoir été ambulancière, téléprospectrice et encore assistante de direction, Caroline Fiat a passé le concours d’aide soignante, son rêve. Elle a exercé en Meurthe-et-Moselle durant dix ans. Mais « je n’avais plus le temps de parler avec les patients », déplore auprès de l’AFP la députée de 43 ans.

Horaires décalés, travail souvent « humainement difficile » et physiquement lourd, charge accrue au fil des années: elle s’affiche solidaire « des personnels hospitaliers qui n’y arrivent plus » et sont mobilisés depuis onze mois. Caroline Fiat s’inquiète que, dans sa réforme des retraites, le gouvernement s’intéresse « aux critères de pénibilité plutôt qu’à la pénibilité elle-même ».

– André Chassaigne, le professeur

Le chef de file des députés communistes, 69 ans, qui a fait l’Ecole normale d’instituteurs à 16 ans, est devenu professeur de lettres et d’histoire-géo puis principal de collège pendant 21 ans à Saint-Amant-Roche-Savine (Puy-de-Dôme). Sa femme était aussi prof. Ils ont une fille institutrice, une autre documentaliste.

C’est dire s’il connaît le milieu: « Il faut une revalorisation des salaires, notamment pour les professeurs des écoles. Le métier, exercé jusqu’à 64-65-66 ans, est de plus en plus difficile, par rapport aux enfants d’abord, alors qu’il y a un appauvrissement des familles en particulier en milieu rural. Les parents sont devenus plus exigeants aussi. Il y a une demande de considération des enseignants ».

– Stéphane Viry, l’avocat

Toujours associé d’un cabinet à Epinal mais portant moins la robe, le député LR de 50 ans dissocie activité professionnelle et mandat. Il a à coeur de défendre tous les régimes autonomes, pas seulement celui des avocats: experts comptables, architectes, corps médical, pharmaciens… « Ces régimes ne sont pas anachroniques. Dès lors qu’ils sont excédentaires et bien gérés, pourquoi les casser? »

« Les assujettis ne réclament pas le système universel » voulu par Emmanuel Macron. Plusieurs milliers d’avocats, infirmiers ou encore stewards ont défilé début février à Paris, demandant qu’on les laisse « tranquilles ». Les barreaux connaissent une grève dure depuis plus d’un mois.

– Dominique Potier, l’agriculteur

Issu d’une famille de paysans sur plusieurs générations, il s’est installé aux côtés de ses parents à 24 ans puis a fondé un Gaec (groupement d’exploitation en commun). Le député PS de Meurthe-et-Moselle, 55 ans, a passé la main mais défend volontiers les agriculteurs, qui « cochent presque toutes les cases » de pénibilité: « chaud, froid, charges, horaires amplifiés, sans parler des produits chimiques ».

Attention à l’âge de départ, donc. Dominique Potier juge « trop tardive » la promesse d’une pension à 85% du Smic à partir de 2025. Il faut aussi « faire justice aux agriculteurs déjà retraités ».

– Benoît Simian, le cheminot

Entré à 24 ans à la SNCF, l’élu LREM est passé au fret puis aux ressources humaines comme cadre, à Bordeaux. « J’ai signé il y a dix ans au statut », explique cet ancien délégué du personnel qui a « milité à la CGT-cheminots » autrefois.

En congé sans solde, il se remémore ses débuts de carrière aux 3×8, week-ends et fêtes compris, à un poste de gestion des crises: suicides sur les voies, problèmes de matériel… « Le point retraite doit peser davantage quand il y a de la pénibilité », à la SNCF comme dans les hôpitaux ou sur les chantiers, défend Benoît Simian, 36 ans. Le régime spécial des cheminots doit disparaître mais « la transition sera longue », rassure-t-il.

– Laure de La Raudière, multi-statuts

Ingénieure en télécommunications, la députée Agir a été fonctionnaire pendant ses études à Normale Sup, salariée d’une start up et encore cheffe d’entreprise. « Impossible de calculer ma retraite », assure la quinquagénaire, qui a reçu un relevé de carrière incomplet.

Il est temps de réformer, selon elle: « Le système universel par points sera beaucoup plus simple et lisible, il permettra une grande mobilité ».

« Le système actuel est injuste, j’ai toujours entendu ça », cite l’élue d’Eure-et-Loire. Elle préconise une anticipation de « l’évolution des métiers » pour réussir la réforme.

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