Aides publiques à Renault et Air France: la pression monte pour des contreparties

PARIS, 22 mai 2020 (AFP) – L’Etat français met des milliards sur la table pour sauver Air France ou encore Renault, mais la pression monte pour que le sauvetage s’accompagne de gages environnementaux ou sociaux, avec un front du refus de « chèques en blanc ».

Signe de cette tension, le ministre de l’Economie français Bruno Le Maire a soumis son feu vert à un prêt de 5 milliards d’euros au constructeur automobile Renault à des engagements, comme il l’avait déjà fait pour Air France.

« Nous demandons aux constructeurs de prendre des engagements dans trois directions: le véhicule électrique, le respect de leurs sous-traitants et la localisation en France de leurs activités technologiquement les plus avancées », a affirmé le ministre dans un entretien au Figaro.

Le Réseau Action Climat (RAC), qui fédère une trentaine d’associations, s’est inquiété vendredi « des priorités évoquées pour le secteur automobile ». « À l’heure actuelle, le secteur automobile n’est pas en cohérence avec la transition écologique », a indiqué à l’AFP Agathe Bounfour, responsable « transports » du Réseau Action Climat.

« Trois principes majeurs doivent être intégrés pour que l’on puisse parler de réelles éco-conditionnalités pour un soutien à l’automobile: une accélération de la fin de la production des voitures diesel puis essence, un coup de frein sur les SUV, et enfin une sortie du tout voiture », a-t-elle ajouté.

L’ONG environnementale Greenpeace a appelé de son côté les pouvoirs publics à « ne pas gaspiller l’argent public sous forme « de chèque en blanc aux gros pollueurs ».

Fin avril, pour accorder son aide de 7 milliards d’euros à Air France, sous forme de prêts direct et garanti, l’Etat avait demandé à la compagnie des engagements sur la réduction de 50% les émissions de CO2 sur ses vols intérieurs d’ici à 2024 par rapport à 2019 et engager une réflexion sur son réseau en France, quand des alternatives ferroviaires de moins de 2 heures 30 existent.

La plupart des ingénieurs aéronautiques « s’accordent pour constater que les avions actuels, y compris leurs moteurs, atteignent une limite technico-industrielle, qui ne sera vraisemblablement pas dépassée », constate le groupe de réflexion Shift Project, reconnaissant que « l’apparition de ruptures technologiques (…) est un processus lent ».

En attendant, l’organisation plaide donc en faveur de normes de « sobriété » qui seraient imposées à toutes les compagnies à l’arrivée ou au départ du territoire français.

– rajouter des contraintes « pas indispensable » pour l’IATA –

Parmi les pistes, la suppression « d’ici fin 2022 des liaisons aériennes domestiques là où l’alternative ferroviaire est satisfaisante (voyage inférieur à 4h30 à une fréquence suffisante), quelle que soit la compagnie aérienne » et des créneaux afférents, l’interdiction des « vols +aviation d’affaires+ pour motifs privés » ou encore la restriction des « avantages liés aux programmes de fidélité ».

« Pour que les mesures présentent un réel bénéfice climat, elles doivent concerner l’ensemble du secteur aérien et être contraignantes », estime pour sa part le RAC.

Le directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), Alexandre de Juniac, a de son côté salué il y a quelques jours la « réaction très rapide et très forte » des Etats un peu partout dans le monde pour venir à la rescousse des compagnies aériennes, soulignant que peu avaient demandé des contreparties.

« Nous avons pu convaincre les gouvernement que compte tenu de la situation dans laquelle on était, en gros on luttait pour notre survie, on allait mourir, rajouter des contraintes n’était pas indispensable », a-t-il déclaré, assurant que « de toutes façons » le secteur allait tenir ses engagements de réductions des émission de CO2 de 50% en 2050 par rapport à 2005.

En Allemagne, la compagnie aérienne Lufthansa est proche d’un sauvetage par le gouvernement grâce à un plan de 9 milliards d’euros, qui passerait par une prise de participation importante de l’Etat fédéral.

Outre-Rhin, le débat a surtout porté sur la gouvernance, entre le camp des conservateurs, celui d’Angela Merkel, plaidant pour une implication aussi faible que possible dans la compagnie historique, entièrement privatisée depuis 1997. Et la gauche, poussant au contraire le gouvernement à user de tout son poids en faveur de l’emploi et de l’environnement.

Le plan de sauvetage prévoit que le gouvernement nomme des membres du conseil de surveillance, et établisse aussi des provisions sur les dividendes futurs ou le salaire des dirigeants.

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