Aides sociales: le gouvernement souffle le chaud et le froid

 PARIS, 29 mai 2018 (AFP) – Déclarations alambiquées, prises de position parfois contradictoires: le gouvernement souffle le chaud et le froid sur la question des prestations sociales, avant la publication très attendue d’un rapport d’experts chargé d’identifier des pistes d’économies budgétaires.

L’exécutif s’apprête-t-il à tailler dans les aides sociales ? Quelles prestations pourraient être amenées à évoluer ? Difficile, sur ce sujet politiquement sensible, de voir clair dans les intentions de l’exécutif, à quatre mois de la présentation du budget 2019.

« Ce qui est certain c’est qu’il y en a trop » et « qu’elles sont parfois contradictoires », a estimé mardi sur RTL le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin, pointant l’existence de dispositifs nationaux et locaux nombreux et « complexes ».

« On a un système social qui malheureusement n’a pas réglé le problème de la grande pauvreté en France et qui n’a pas réglé non plus le problème de l’activation vers le travail », a ajouté le ministre.

Un propos visant « le maquis » existant en matière de prestations sociales, et non le niveau des aides, a précisé à l’AFP l’entourage du ministre. « Ca rend le système incompréhensible pour les gens », a-t-on assuré.

Interrogé sur les intentions exactes du gouvernement, alors que des rumeurs et informations contradictoires circulent depuis plusieurs semaines, le ministre a tenu à distinguer deux types de prestations.

« Il y a des aides sociales aujourd’hui pour les gens qui sont cassés par la vie », a-t-il détaillé, citant l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et le minimum vieillesse, que l’Etat a décider d’augmenter. « Ce sont des aides sociales légitimes », a insisté le ministre.

Et puis « il y a des aides sociales » attribuées lorsqu’on est « entre deux périodes d’activité. Et malheureusement elles ne sont pas incitatives pour sortir de cette période d’inactivité », a poursuivi Gérald Darmanin.

Nous devons réfléchir « à notre système social notamment sur ce deuxième point », a -t-il dit, citant une nouvelle fois l’exemple de la prime d’activité, attribuée aux travailleurs à revenus modestes.

– « choix structurants » –

Ce dispositif, lancé en janvier 2016 pour remplacer le RSA-activité et la prime pour l’emploi (PPE), a connu une montée en charge très rapide. Au point d’inquiéter Bercy, qui craint un dérapage budgétaire.

« En 2016, quand elle a été créée, c’était quatre milliards d’euros. Aujourd’hui, c’est six (…) alors qu’on a une croissance économique et des créations d’emplois », a souligné Gérald Darmanin.

Cette prestation, qu’Emmanuel Macron s’était engagé pendant la campagne présidentielle à revaloriser, pourrait-elle être rabotée ? Le gouvernement, tout en laissant entendre qu’une refonte est possible, s’en défend.

« Il faut revoir le système sans toucher aux aides sociales individualisées », a jugé mardi M. Darmanin. Un propos relayé par le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, qui a assuré sur Franceinfo que les aides individuelles « ne baisseront pas ».

Ce dernier avait rappelé à l’ordre la semaine dernière le gouvernement, après un couac entre Bruno Le Maire – qui avait jugé « peut-être légitime de réduire la politique sociale sur l’emploi » – et Gérald Darmanin, qui avait évoqué une différence de « sensibilité ».

Selon Bercy, l’objectif du gouvernement est « de revoir les dispositifs » dont l’Etat estime « qu’ils ne remplissent plus le rôle pour lequel ils ont été créés ». Autrement dit: d' »améliorer leur efficacité ».

Selon une source proche du dossier, cette réflexion n’est cependant pas dénuée d’arrière-pensées, l’exécutif étant à la recherche d’économies pour tenir ses objectifs budgétaires, à savoir réduire la dépense publique de trois points de PIB d’ici à 2022.

Selon Les Echos, la sphère des prestations sociales pourrait faire partie des postes d’économies proposés par les experts.

Cette piste, politiquement sensible, a également été proposée par la direction du Budget, qui a suggéré dans une note de revoir les « règles d’éligibilité » des prestations ou de mieux prendre en compte le patrimoine des contribuables dans le calcul des allocations.

« L’objectif du président est que la lutte contre la pauvreté soit axée sur le travail et l’activité », a fait savoir de son côté l’entourage du président de la République, annonçant des « choix structurants », sans autre précision.

vab/tq/phc