Air France: plus longue sera la grève pour les salaires

 PARIS, 19 avril 2018 (AFP) – Pas d’apaisement chez Air France. Après déjà neuf jours de grève pour les salaires, et deux en ligne de mire la semaine prochaine, de nouvelles dates sont promises « début mai » par l’intersyndicale qui appelle à « accentuer » la mobilisation.

Ce conflit, qui a déjà coûté 220 millions d’euros à la compagnie aérienne selon elle, se finira-t-il à l’usure ? La réponse, jeudi, de l’intersyndicale à « l’ultimatum » de la direction sur un projet d’accord final donne le ton.

« Notre action commence à porter ses fruits, il faut persévérer. La mobilisation doit donc encore s’accentuer », écrit l’intersyndicale dans un tract aux salariés, en avertissant qu’elle annoncera la semaine prochaine « les jours de grève prévus début mai ».

Air France a « déploré » l’appel à la poursuite du mouvement, qui a encore entraîné, mercredi comme mardi, l’annulation de 30% des vols. Deux nouvelles journées sont programmées lundi et mardi prochains. « Chaque jour de grève supplémentaire dégrade encore la situation économique » de la compagnie, « met à mal la confiance de ses clients et accentue la pression sur ses personnels majoritairement non-grévistes », souligne la direction dans une déclaration à l’AFP.

Depuis février, la compagnie et onze syndicats, tous métiers confondus (pilotes, hôtesses et stewards, agents au sol) sont engagés dans un bras de fer.

– « Retour à meilleure fortune » –

Après des années de gel des augmentations générales et d’efforts, avec le plan de restructuration « Transform », les salariés réclament leur part des bons résultats de la compagnie, le « retour à meilleure fortune promis », comme le note la CGT.

Soit une augmentation des grilles de 6% au titre de l’inflation sur la période 2012-2018, les pilotes demandant 4,7% supplémentaires.

Lundi, après trois jours de négociations, l’intersyndicale avait fait une proposition revue à la baisse, à 5,1% en deux temps (+3,8% en avril et +1,3% en octobre). Une offre « qui aurait permis une sortie de conflit », souligne-t-elle.

« Irréaliste », a encore répété jeudi la direction, pour qui cela « reviendrait à annuler » les efforts engagés depuis 2011.

Air France a mis de son côté lundi sur la table un accord pluriannuel prévoyant une augmentation de 2% immédiatement, contre 1% en deux temps initialement prévu pour 2018, et une hausse de 5% sur la période 2019-2021. Il est soumis à signature jusqu’à vendredi midi.

– « Loin du compte » –

Cet accord « n’obtiendra pas l’adhésion » d’une majorité de syndicats, prévient l’intersyndicale. Elle dénonce une « manoeuvre » pour « amputer les augmentations des futures années en faisant croire à un rattrapage des six dernières ».

Depuis lundi, les propos des uns et des autres laissaient augurer de cette position.

« Ils se moquent de nous » avec des mesures qui « verrouilleront les NAO (négociations annuelles obligatoires, ndlr) », avait dit à l’AFP Grégoire Aplincourt, président du Spaf, deuxième syndicat de pilotes. « On ne s’est pas battu jusque là » pour ça.

Cet accord « n’apporte aucun rattrapage », « on est loin du compte », avait abondé Marc Saladin (Unsa Aérien), se disant « prêt à discuter » si des négociations « se réengagent »

La direction propose un accord pluriannuel alors qu' »on demande à traiter le passif, la perte cumulée de pouvoir d’achat », « avant de traiter l’avenir », avait insisté Vincent Salles (CGT). Elle va « au rapport de force » avec un accord pluriannuel dont « on ne voulait pas », avait averti Karim Taïbi (FO).

Pour Jérôme Beaurain (SUD Aérien), en ne « (cherchant) pas la voie de la négociation », la direction « porte la responsabilité de la durée de cette grève et des pertes associées ».

« Comment sort-on » d’une telle situation, se demande Béatrice Lestic, représentante de la CFDT, signataire comme la CFE-CGC de l’accord initial en février et qui n’appelle pas à la grève. Face à des positions qui lui semblent « assez irréconciliables », ce qu’elle redoute, c’est surtout « une fracture » entre grévistes et non-grévistes.

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