Air France: un plan de « reconstruction » après la crise du Covid-19

PARIS, 18 juin 2020 (AFP) – Air France, étranglée par la crise du Covid-19, a mis sur pied un plan de « reconstruction » qui passera par la suppression de milliers de postes et une réduction de l’offre sur son réseau intérieur d’ici à la fin 2021.

Un plan stratégique dès novembre

Le Directeur général d’Air-France KLM Benjamin Smith avait annoncé dès novembre un plan stratégique destiné à améliorer la rentabilité du groupe en cinq ans. Ce plan vise à atteindre une marge d’exploitation de 7 à 8% contre 4,2% en 2019.

Le coup de massue de la crise du Covid-19

Depuis, Air France, comme ses concurrents partout dans le monde, a été mise à l’arrêt pendant trois mois par la crise du Covid.

En avril, elle n’effectuait plus que 3% de son offre habituelle et son chiffre d’affaires s’est situé autour de 100 millions d’euros contre 1,4 milliard en moyenne sur un mois d’avril normal, selon une source interne.

Le trafic reprend progressivement depuis début juin avec 20% des capacités en juin, 35% en juillet et 40% en août, essentiellement en France et en Europe.

La compagnie ne volera pas au départ d’Orly, qui rouvre le 26 juin après près de trois mois de fermeture, avant fin août ou début septembre, sauf pour les vols vers la Corse, en raison du niveau de trafic encore très faible. Elle concentrera son activité sur l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle.

Le plan devient « plan de reconstruction » sous l’effet du Covid-19

Fin mai, en pleine crise du Covid, M. Smith a annoncé l’accélération de la transformation avec un plan qui devient un « plan de reconstruction ».

Il passe par une réduction du réseau français de 40% d’ici à la fin 2021.

Air France a perdu 200 millions d’euros en 2019 sur son réseau intérieur.

Cette décision répond à une demande de l’État qui, après avoir accordé un soutien financier de 7 milliards d’euros, dont 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90% par l’État et 3 milliards de prêt direct, lui avait demandé d’améliorer sa rentabilité et son impact environnemental et d’entamer une réflexion sur son réseau en France.

L’objectif d’une marge d’exploitation de 6 à 7% est maintenu, mais avancé à un horizon 2022-2023.

Quelles liaisons sont menacées?

Il s’agit des destinations au départ d’Orly disposant d’une alternative ferroviaire de moins de 2H30, comme Lyon, Nantes ou Bordeaux.

Face à la concurrence des compagnies low-cost sur le territoire français, la compagnie réfléchit par ailleurs au transfert de liaisons exploitées par la compagnie mère vers sa propre compagnie à bas coûts Transavia qui jusqu’ici se positionnait sur le moyen-courrier.

En revanche, les navettes très fréquentées comme Marseille, Toulouse et Nice, continueraient à être exploitées au départ d’Orly par Air France qui poursuivrait également la desserte de la Corse depuis Orly.

Les vols destinés à alimenter la plate-forme de correspondance de Paris-Charles-de-Gaulle seront préservés et le « hub » de Lyon développé.

Certaines routes transversales -de région à région- très déficitaires pourraient être supprimées.

Des conséquences sociales

La direction d’Air France présentera aux organisations syndicales les orientations stratégiques de la compagnie et ses conséquences sur l’emploi lors d’un Comité social et économique central (CSEC) extraordinaire le 3 juillet.

Selon les syndicats contactés par l’AFP, plusieurs milliers de postes sont menacés au sein de la compagnie Air France et de sa filiale régionale Hop!. Ces suppressions doivent s’effectuer sur la base du volontariat, sous la forme de ruptures conventionnelles collectives (RCC) encore en discussion pour le personnel navigant et d’un plan de départs volontaires d’une ampleur encore inconnue pour le personnel au sol, de même source.

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a demandé jeudi à Air France de ne pas engager de départs « contraints ».

Ni M. Le Maire ni la direction d’Air France n’ont voulu confirmer le chiffre de « 8.000 à 10.000 suppressions d’emplois, soit plus de 15% à 20% des effectifs de groupe », avancé par Les Échos mercredi.

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