Après les cartes grises, les salariés d’une papeterie liquidée brûlent les passeports

MEAUX, 30 janvier 2019 (AFP) – Après les cartes grises, les salariés d’une papeterie de Seine-et-Marne placée en liquidation judiciaire ont commencé à brûler leur stock de papier sécurisé pour passeports et chèques de banque pour obtenir du gouvernement des conditions de licenciement « décentes », a appris mercredi l’AFP de source syndicale.

Pour les salariés qui occupent depuis le 16 janvier l’usine d’Arjowiggins Security, à Jouy-sur-Morin, les « bobines » sont devenues une « monnaie d’échange ». Toutes les douze heures, ils brûlent une « bobine » de papier sécurisé pour cartes grises qu’ils disent être les seuls à fabriquer sur le territoire, brandissant la menace d’une pénurie « sous deux mois ».

Une délégation de salariés a rencontré lundi la préfète de Seine-et-Marne puis, mardi, un conseiller de la ministre du Travail Muriel Pénicaud. Mais les réponses sont « très insuffisantes », estime Patrice Schaafs, délégué syndical CGT et secrétaire du comité central d’entreprise.

Les 240 salariés de cette entreprise vieille de 400 ans, rachetée en avril par un fonds d’investissement suisse qui n’a pas mis en place de plan social, réclament une indemnité de 50.000 euros, « ce qui est donné en moyenne lors des plans sociaux », selon le délégué CGT.

Pour l’heure, selon lui, le gouvernement n’a proposé qu’un « rattrapage de salaire de 300 euros mensuels maximum pour ceux qui retrouveraient un travail moins bien payé ».

Sollicité par l’AFP, le ministère du Travail n’a pas souhaité faire de commentaire.

Mi-janvier, le tribunal de commerce de Nanterre a prononcé la liquidation judiciaire de cette société qui fabriquait des billets de banque à destination de 120 pays, mais aussi du papier sécurisé pour les cartes grises, passeports ou permis de conduire. Elle doit fermer ses portes mercredi.

Arjowiggins Security avait été vendue en avril par le groupe papetier français Sequana au fonds d’investissement Blue Motion Technologies Holding.

« On est tombé sur des escrocs, des charognards, des voleurs : le fonds d’investissement a tout pillé, alors que les carnets de commandes étaient fournis », a dénoncé lundi Abdelkarim Mbarek, un des salariés qui occupe le site.

La sénatrice LR Anne Chain-Larché a écrit lundi au président de la République pour lui demander « d’examiner la piste de la création d’un établissement public à caractère industriel et commercial » (EPIC).

Mardi, la CFDT du secteur des papiers et cartons a elle appelé l’Etat à « tout mettre en oeuvre » pour trouver une « solution » de reprise pour les trois sites papetiers menacés de la filiale Arjowiggins.

Trois autres usines d’Arjowiggins sont menacées, à Bessé-sur-Braye (Sarthe, 570 salariés), à Saint-Mars-la-Brière (Sarthe, 290 salariés) et à Château-Thierry (Aisne, 85 salariés). S’y ajoutent 45 postes au siège social de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), selon la CFDT.

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