Areva: l’État affirme qu’il prendra « ses responsabilités » (syndicats)

PARIS, 19 juillet 2016 (AFP) – L’État a affirmé mardi à l’intersyndicale d’Areva, reçue au ministère de l’Économie, qu’il prendrait « ses responsabilités » à propos de la situation financière du groupe nucléaire en difficulté, mais sur le plan industriel, beaucoup d’incertitudes demeurent, selon des sources syndicales.

Cette réunion fait suite à un courrier fin juin de l’intersyndicale CFDT, FO, Unsa-Spaen, CGT, CFE-CGC alertant sur le « naufrage » de « l’un des derniers fleurons de l’industrie française ». Elle intervient un peu plus d’un an après la décision de l’État de restructurer la filière nucléaire, en confiant à EDF la majorité de l’activité réacteurs d’Areva.

Mais, depuis, rien n’a avancé, déplorent les syndicats d’Areva. Le transfert d’Areva NP (l’activité réacteurs) à EDF n’est toujours pas fait, notamment en raison des difficultés liées au dossier de l’EPR en construction en Finlande. Et la situation financière de l’ex-fleuron du nucléaire est préoccupante, avec une échéance importante en janvier 2017.

Après cette réunion, « on peut se sentir rassurés sur le volet capitalistique », a déclaré à l’AFP Jean-Pierre Bara (CFDT). La recapitalisation du groupe à hauteur de 5 milliards d’euros annoncée en janvier par l’État, son actionnaire à 87%, est soumise au feu vert de Bruxelles.

Elle interviendra « dès que Bruxelles aura donné son aval », a assuré Christophe Laisné (Unsa-Spaen), pour lequel c’est la « seule nouvelle rassurante » sortie de la réunion. La recapitalisation « se fera ou, si elle ne se fait pas, l’État prendra ses responsabilités par un prêt d’actionnaires », a expliqué M. Bara.

L’État s’est engagé à prendre « ses responsabilités », en soulignant la « dimension souveraine » pour la France que revêtait Areva, a aussi rapporté Bruno Blanchon (CGT). « Mais quand, comment et à quelle hauteur, on ne sait pas », a-t-il ajouté.

En revanche, « le volet industriel n’est toujours pas réglé et la pérennité de la filière nucléaire n’est pas garantie », a observé M. Bara. L’inquiétude porte sur l’avenir de la partie construction de l’activité réacteurs.

« Pour le gouvernement, l’enjeu de la filière nucléaire, c’est (le projet d’EDF) de faire les deux EPR » à Hinkley Point, en Grande-Bretagne, a indiqué M. Laisné.

Selon l’Unsa-Spaen et la CFDT, ce projet contesté par des syndicats d’EDF garantirait « 25% du plan de charge (des usines Areva) en 2017 et 50% en 2018 ».

« Mais le carnet de commandes ne se garnira que si on décide de faire le grand carénage (maintenance lourde des centrales nucléaires françaises) et le renouvellement du parc nucléaire », a souligné M. Laisné.

La CFDT juge « vital » pour Areva le projet britannique, tout en observant qu’il faudra « aussi le grand carénage ».

Mais, pour la CGT, on ne peut pas « réduire la problématique d’Areva » à Hinkley Point. M. Blanchon observe aussi que si le chantier britannique rencontrait les mêmes difficultés que le chantier finlandais, « c’est toute la filière nucléaire, par effet domino, qui serait plantée ».

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