Artisanat d’art: métiers anciens, métiers d’avenir

PARIS, 26 octobre 2018 (AFP) – Poêles en faïence, gravures sur métaux, dorures sur cuir… Ils sont parfois seuls ou presque à maîtriser un savoir-faire, mais ces artistes-artisans croisés au Salon du Patrimoine culturel revendiquent des métiers d’avenir, qui perpétuent tout ce que la machine ne pourra jamais faire.

A 28 ans, Victor Walter est fier d’être « un des seuls en France » à « restaurer et fabriquer encore des poêles en faïence »: « On fabrique tout de A à Z, sur mesure et sur commande ». Il a racheté l’an dernier la société de ses patrons, partis à la retraite, et vante, sûr de lui, « la dimension créative » d’un « métier équilibrant ».

Organisé par les Ateliers d’art de France, le Salon international du patrimoine culturel tient depuis jeudi sa 24e édition au Carrousel du Louvre, jusqu’à dimanche.

Quelque 350 exposants, principalement français, et plus de 40 métiers sont représentés. Mais il y a aussi des Chinois et des Coréens. Le savoir-faire français et européen est très reconnu à l’international avec des artisans de tous âges capables de cumuler capacité manuelle et culture.

Steven Brunel, 24 ans, de Poncins (Loire) débute. Sa spécialité: « graver à la main sur tous types de métaux (or, argent, cuivre, acier, laiton, aluminium) ». Comme Prix de la jeune création des métiers d’art, son stand lui a été offert. Il a ouvert son atelier il y a deux ans, menant de front au début un travail de nuit.

Sa clientèle? Bijoutiers, horlogers, pompes funèbres. Sa profession se réduit comme peau de chagrin. Une des raisons: la concurrence de la découpe au laser. Sa présence au Salon est une chance à ne pas manquer.

En horlogerie ancienne, établis à Angers et à Nantes, les frères Frédéric et Dominique Flon sont les héritiers du savoir-faire paternel, formés à la maison en l’absence d’école spécialisée.

– Marché porteur des ferronneries –

Christophe Bossuat a lui choisi le créneau porteur des « serres et ferronneries d’antan », à Savigny-sur-Braye (Loir-et-Cher). Il dit faire « plus de créations que de restaurations ». Il travaille pour les hôtels, restaurants mais aussi particuliers qui veulent avoir une véranda ou une serre dans leur jardin ou sur leur toit. En France, précise-t-il, ils ne sont que trois entrepreneurs sur ce secteur.

Yves Reeman, à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), est peut-être le plus spécialisé de tous, avec son atelier de « gainerie d’art » et « dorure sur cuir ». Des livres du XVIIe et XVIIIe siècles qu’il achète et dont il garde les cuirs qu’il retravaille. Cela donne des reliures d’une finesse extrême. Il a même commencé des icônes sur cuir.

Lisa Wolf, du Centre-Val-de-Loire, un des treize sélectionnés au concours du lauréat national des métiers d’art, espère que sa cornemuse en bois d’olivier, avec sa poche en cuir, son tissu ancien, ses dorures à la feuille, sera sélectionnée. « Mon travail est un pont entre le patrimoine matériel et le patrimoine immatériel », en l’occurrence « la musique à danser » d’autrefois.

Comme l’explique à l’AFP Fabrice van Kote, directeur de la communication du Salon, « les visiteurs viennent non seulement découvrir le patrimoine, mais aussi faire leurs courses » de savoir-faire et d’ouvrages d’art. Pour leur cheminée, leur salon, leur jardin voire leur villa ou leur château…

« On n’est pas tourné vers le passé, ce sont des métiers d’avenir et le secteur va plutôt bien », affirme M. van Kote.

La formation est le principal problème. S’il y a des écoles dispensant des formations générales, dit-il, la vraie formation dans ces métiers très pointus se fait à l’atelier. Or c’est une formation autofinancée, sans aide publique.

Les Ateliers d’art de France (qui regroupe 6.000 ateliers) demandent ainsi aux ministères de l’Education nationale, de la Culture et de l’Economie une meilleure reconnaissance de ce concept d' »atelier école ».

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