Assurance chômage: discussions enflammées en vue pour l’automne

PARIS, 4 septembre 2018 (AFP) – Le Premier ministre Edouard Philippe achève mardi sa tournée de partenaires sociaux en recevant la CFDT et l’Unsa avant le lancement de la nouvelle réforme de l’assurance chômage, qui promet déjà de vifs débats entre syndicats, patronat et gouvernement.

Alors que ces entretiens, entamés mercredi dernier à Matignon, n’étaient pas encore finis, la CGT et FO se sont entendues sur une date de manifestation et de grève interprofessionnelle, le 9 octobre, pour protester contre « la politique idéologique du gouvernement ».

Dernier poids lourd a être reçu, le patron de la CFDT Laurent Berger rencontrait Edouard Philippe mardi après-midi.

« Si le gouvernement nous dit +voilà, c’est juste une logique budgétaire, une logique de paramètres, c’est là-dessus qu’il faut discuter et vous discutez pas du fond, du sens que doit avoir l’assurance chômage+ ce sera qu’on n’aura pas été entendu », a-t-il relevé sur RTL.

Outre le dossier de l’assurance chômage, le patron de la CFDT veille aussi sur le plan pauvreté ou le plan hôpital et déplore un manque de « vision à long terme ».

Concrètement, l’exécutif n’a pas dévoilé de pistes supplémentaires sur l’assurance chômage, sachant également qu’une réforme a déjà été adoptée cet été et que c’est à la surprise générale que le président de la République a demandé de rouvrir le dossier cet été.

Alors que le chômage ne recule pas, l’idée est de « lutter contre la précarité » et d' »inciter au retour à l’emploi ». La ministre du Travail Muriel Pénicaud a indiqué qu’elle n’avait « pas de tabou », y compris sur la dégressivité des allocations, une idée lancée par un député LREM.

– Méthode « moins jupitérienne » –

La dégressivité des allocations, qu’elle concerne les cadres ou une autre catégorie, a fait bondir tous les syndicats. Pour le Medef, il s’agit d’un « paramètre comme un autre ».

Si l’idée c’est de « nous demander de supprimer le principe même de l’assurance chômage, le tout dans un cadre contraint budgétaire, j’ai dit au Premier ministre: +on n’est pas la secte du temple du Soleil, on ne va pas tous se réunir dans un coin pour se faire hara-kiri sur demande du gouvernement », a tonné Pascal Pavageau, secrétaire général de FO.

Resté relativement discret jusqu’ici, le nouveau patron du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a détaillé sa « remise à plat » du régime: allocation universelle forfaitaire, régime assurantiel complémentaire obligatoire, voire un régime supplémentaire pour les indépendants et les chefs d’entreprise.

« Toutes les organisations sont d’accord pour dire que cela commence de manière assez violente », décrypte auprès de l’AFP Denis Gravouil, négociateur à la CGT, qui craint fort « des économies sur le dos des chômeurs ».

Pour faire un « diagnostic partagé », les partenaires sociaux ont prévu de se voir les 7, 11 et 12 septembre, avant une réunion de synthèse le 14. Ils verront ensuite le ministère du Travail, avant que ne soit envoyée la lettre de cadrage.

Les organisations syndicales et patronales décideront ensuite d’entamer ou non une négociation sur la base de cette feuille de route. « Je pense que ce sera très cadré au niveau budget », pense un négociateur. Selon les sources, les économies demandées oscillent entre 800 millions et 2 milliards d’euros.

Côté patronat, le sujet qui fâche toujours c’est le bonus-malus, c’est-à-dire un dispositif qui pénalise les entreprises qui abusent des contrats courts.

Parmi les autres pistes de travail: instaurer une allocation de chômage longue durée et retoucher aux règles permettant de cumuler une activité avec une allocation chômage. C’est le cas de près de 800.000 personnes chaque mois, souvent des femmes et des seniors.

Sur la méthode, le numéro un de la CGT Philippe Martinez trouve que « rien n’a changé » par rapport à la première année du quinquennat.

Le même avertissement est tombé ce week-end de la part d’un des artisans du programme d’Emmanuel Macron, l’économiste Jean Pisani-Ferry. « Il y a eu une série de concertations. Mais l’important c’est que les Français deviennent acteurs de la transformation de leur société. C’est une condition du succès. Cela suppose plus de délibération, une méthode moins jupitérienne », a-t-il lancé.

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