Assurance chômage: la dégressivité fait consensus à droite malgré les réserves d’experts

 
PARIS, 9 novembre 2016 (AFP) – Pour accélérer le retour à l’emploi et faire des économies, les candidats à la primaire de la droite promettent en choeur la dégressivité des allocations chômage. Cette mesure, déjà appliquée dans les années 1990, est pourtant loin de faire l’unanimité chez les experts.

Tous les prétendants, à l’exception de Jean-Frédéric Poisson, ont inscrit la mesure dans leur programme, avec des scénarios variés. Alain Juppé propose par exemple d’abaisser de 25% l’allocation au bout d’un an, puis de nouveau six mois après, Nicolas Sarkozy de 20% aux mêmes échéances.

Actuellement, les 2,7 millions de chômeurs indemnisés perçoivent un montant fixe jusqu’à 24 mois maximum (36 mois pour les seniors). La durée moyenne d’indemnisation est de 10 mois.

La « générosité » du régime, fortement déficitaire dans un contexte de chômage de masse, est souvent pointée du doigt, avec l’argument qu’elle n’inciterait pas les chômeurs à reprendre rapidement un travail, alors que des centaines de milliers d’emplois ne trouvent pas preneurs.

D’où l’idée de réintroduire de la dégressivité, comme plusieurs voisins européens depuis la crise de 2008 (Belgique, Espagne, Italie, Suède…). En France, elle avait été mise en oeuvre entre 1992 et 2001.

Pour tous les syndicats, c’est un chiffon rouge. Ils craignent que cela n’appauvrisse les chômeurs sans faciliter leur retour à l’emploi.

L’unique évaluation empirique de la dégressivité des années 1990, publiée par l’Insee, a conclu qu’elle aurait « ralenti le retour à l’emploi ». Et si depuis 2008 son impact chez nos voisins n’a pas été mesuré, une récente note de l’OFCE a conclu à son inefficacité et des « effets pervers ».

« Le risque, c’est soit d’appauvrir les chômeurs, soit de les forcer à prendre un boulot trop vite », explique son auteur, Bruno Coquet. Résultat: les gens ne sont « pas employés conformément à leurs compétences et au final la productivité de l’économie s’affaiblit ».

– ‘Fausse évidence’ –

Et le lien avec les emplois vacants est une « fausse évidence, car ces emplois ne sont pas plus acceptés par des chômeurs non indemnisés que par des chômeurs indemnisés ».

Chez Alain Juppé, on est pourtant convaincu que la réforme, qui s’appliquera après qu’une série de mesures en faveur du plein emploi auront produit leurs effets, sera efficace si elle cible les plus qualifiés « qui ont une vraie capacité à retrouver un emploi ».

D’où l’idée d’un plancher de 870 euros par mois, « parce que l’on sait que la dégressivité n’a aucun effet incitatif sur les travailleurs au Smic pour qui il y a peu d’offres », détaille Maël de Calan, coordinateur adjoint du projet.

A l’instar de l’économiste Pierre Cahuc, il retient que l’étude publiée par l’Insee relevait un « pic de retour à l’emploi » à l’approche de la fin des droits, plus marqué pour les hauts revenus. « Ce pic montre bien qu’il y a des comportements dans lesquels on décide de rester au chômage, chez des cadres qui n’ont pas trouvé l’emploi +idéal+ », analyse cet élu du Finistère.

« Il y a une multiplication de comportements individuels qui, quand on les agglomère au niveau macro-économique, constituent un gisement d’emplois. Mais pour les moins qualifiés la dégressivité serait sans effet et c’est en mettant le paquet sur la formation et la baisse des charges qu’on aura des résultats « , poursuit-il.

Chez Nicolas Sarkozy, en revanche, la dégressivité s’adresserait à tous les nouveaux chômeurs.

« Nous voulons inciter à la reprise d’activité mais c’est avant tout une mesure d’économies indispensable et courageuse pour redresser les comptes » du régime, explique l’entourage de l’ex-président, ajoutant que l’Etat reprendrait le pilotage direct de l’Unédic.

Candidat par candidat, l’institut Montaigne a évalué les économies générées par la dégressivité: 1,4 milliard par an pour Nicolas Sarkozy, 1,7 pour Alain Juppé, 3,4 pour Jean-François Copé, 4,1 pour François Fillon et Bruno Le Maire (propositions de Nathalie Kosciusko-Morizet « pas chiffrables »).

L’institut réputé libéral prévient avoir raisonné « à comportement constant »: les économies seraient accrues si le retour à l’emploi s’accélérait. Mais à l’inverse, la dégressivité « pourrait allonger les droits », en incitant certains chômeurs à « pratiquer une activité réduite pour pallier la diminution de leur allocation », entraînant alors un surcroît de dépenses.

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