Assurance chômage: le patronat veut échapper au « bonus-malus », réunion cruciale le 22

PARIS, 9 janvier 2019 (AFP) – Le patronat a tenté mercredi d’échapper à la volonté des syndicats de lui imposer un « bonus-malus », engagement d’Emmanuel Macron pour endiguer l’inflation des contrats courts, en promettant des propositions « alternatives » qui seront discutées le 22 janvier lors d’une réunion « où ça passe ou ça casse », selon la CFDT.

Lors de la sixième réunion de négociations sur la réforme de l’assurance-chômage, le clash annoncé « n’a pas eu lieu » sur cette question qui électrise depuis des années les relations entre syndicats et partenaires sociaux, a reconnu Michel Beaugas (FO).

Tout est donc « remis » au 22 janvier.

« Ce sera la séance de la dernière chance sur les contrats courts », a prévenu Denis Gravouil (CGT). « On sera tous dos au mur le 22 », a admis Jean-François Foucard (CFE-CGC). « Le 22 ça passe ou ça casse », a renchéri Marylise Léon (CFDT).

Pour diminuer le recours aux contrats courts – les CDD de moins d’un mois qui ont été multipliés par 2,5 depuis 20 ans – « nous avons proposé de réfléchir à deux axes de travail: des mesures pour sécuriser l’accès à l’emploi et pour sécuriser le parcours professionnel », a expliqué le représentant du Medef, Hubert Mongon.

Le patronat a promis des propositions pour la séance du 22 janvier. Ses représentants remettront également un document, chiffres à l’appui, justifiant leur opposition au « bonus-malus », c’est-à-dire la possibilité de faire varier les cotisations patronales en fonction du taux de rupture de contrats de travail ou de la durée du contrat, selon les versions.

« Il est important d’arrêter d’agiter le chiffon rouge » du bonus-malus, a expliqué Patrick Liebus (U2P, artisans et professions libérales).

M. Mongon n’a pas détaillé ses « propositions alternatives », citant seulement en exemple le développement des groupements d’employeurs qui permettent à un salarié d’avoir davantage de travail.

Sur RTL mercredi matin, le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, avait lui proposé de donner « la priorité d’embauche en CDI aux gens qui ont enchaîné des CDD dans la même entreprise », précisant que la mesure pourrait s’appliquer dès l’enchaînement de « deux CDD ».

Le patronat veut également s’appuyer sur les accords conclus ces dernières semaines dans six branches professionnelles (propreté, métallurgie, commerce…). Ces accords ont « vocation à servir de source d’inspiration: du CDI de chantier à la réduction du délai de carence entre deux CDD », a-t-il dit.

– porte pas fermée –

Si les syndicats ne sont pas dupes de la stratégie patronale pour échapper au bonus-malus (qualifiée d' »enfumage » par la CGT), ils n’ont cependant pas fermé la porte et feront leurs propres propositions le 22 janvier.

Le Medef est « ouvert à faire de propositions, peut-être pas celles que nous attendons (…) On regardera à la fin si cet accord est équilibré », a dit Michel Beaugas, ajoutant cependant qu’il avait pour mandat de « négocier le bonus malus sur les contrats courts ».

« La bonne nouvelle, c’est que le bonus malus n’est pas enterré », a estimé Marylise Léon (CFDT). Mais, a-t-elle mis en garde, « on ne peut pas vouloir être dur pour les demandeurs d’emplois et souple pour les entreprises ».

« Etudions les alternatives si elles sont intéressantes », a accepté Eric Courpotin (CFTC) mais « pour l’instant, il n’y a rien de consistant ».

Initialement, les partenaires sociaux avaient jusqu’au 25 janvier pour négocier. Mais en pleine crise des gilets jaunes, ils ont demandé un délai supplémentaire, que le gouvernement a accepté.

Emmanuel Macron – qui avait lui-même rouvert ce chantier avant l’été à la surprise générale – a de nouveau expliqué lors de ses voeux qu’il fallait « changer en profondeur les règles d’indemnisation du chômage, afin d’inciter davantage à reprendre le travail ».

Dans le cadre de la négociation de cette nouvelle convention, le gouvernement a réclamé au total entre 3 et 3,9 milliards d’euros d’économies en trois ans. Au bout du compte, s’il n’est pas satisfait des négociations, l’État reprendra la plume.

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