Assurance chômage: retrouvailles syndicats-patronat six mois après l’échec des négociations

PARIS, 6 décembre 2016 (AFP) – Syndicats et patronat se remettent autour de la table mardi pour dresser le « diagnostic » de l’échec des discussions sur l’assurance chômage il y a six mois, ce qui devrait occuper plusieurs séances avant toute réouverture de négociation, qui pourrait n’intervenir qu’après la présidentielle.

La réunion démarre à 15H00 au siège du Medef à Paris en présence des cinq organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) et des trois organisations patronales (Medef, CGPME, U2P).

En juin, la négociation, parasitée par le débat autour de la loi travail, avait buté sur une demande des syndicats de moduler les cotisations sur les contrats courts (surtaxation, bonus-malus), ce que le Medef refuse catégoriquement.

Le gouvernement a prolongé la convention signée en 2014, mais n’a eu de cesse de pousser les partenaires sociaux à relancer la négociation sur l’assurance chômage, qui croule sous un déficit de plus de quatre milliards d’euros et une dette record de 30 milliards.

En octobre, le patron du Medef, Pierre Gattaz, a proposé aux syndicats de faire un « diagnostic partagé » pour « mieux comprendre les raisons » de cet échec, le premier depuis 1982, ce que ces derniers ont accepté.

Cette invitation arrivait juste après la menace de Manuel Valls de donner au gouvernement la main sur ce dossier.

Pour l’heure, il n’est pas question de rouvrir la négociation: la réunion de ce mardi ne porte que sur la « définition de la méthode » et le « calendrier de travail ».

Le Medef propose « six-sept » séances pour dresser ce diagnostic sur l’assurance chômage et le marché du travail, sans préciser de nouvelles dates.

Ces séances, si elles sont validées mardi, porteraient, entre autres, sur les évolutions et réformes récentes du marché du travail, les nouvelles formes d’emploi et de protection sociale, l’accompagnement et la formation professionnelle, le fonctionnement de l’assurance chômage.

« Le Medef cherche à gagner du temps sur la négociation, mais à un moment, il faudra bien qu’on en parle », commente Michel Beaugas (FO), qui espère resserrer l’agenda à quatre ou cinq séances.

– « Très difficile de se projeter » –

Toutefois, FO ne souhaite pas de négociations avant la présidentielle. « Par contre, on souhaite une ouverture juste après », souligne M. Beaugas. « Ouvrir la négociation avant une présidentielle paraît difficile », abonde Denis Gravouil (CGT).

La prudence est également de mise au sein du patronat. « C’est très difficile de se projeter. Il faut savoir qui sera candidat au premier tour et les contenus des programmes politiques », explique Jean-Michel Pottier (CGPME).

Côté CFTC, Eric Courpotin juge à l’inverse qu’il serait « plus sage » et « plus prudent » de trouver un accord avant la présidentielle, afin que les partenaires sociaux ne se retrouvent pas « dépossédés » de ce dossier « par le ou la futur(e) président(e) » de la République, alors que les critiques du paritarisme se sont multipliées depuis la rentrée.

Sur le fond, le bras de fer s’annonce tendu, tant les lignes paraissent irréconciliables entre le patronat et les syndicats.

« Tout dépend de l’attitude du Medef qui a déjà fait échouer les négociations de juin », dit M. Gravouil. « On ne s’interdit pas de discuter », assure M. Pottier.

Les organisations syndicales veulent toujours moduler les cotisations sur les contrats courts, soit par une surcotisation générale (CGT), un système de bonus-malus pénalisant les entreprises qui abusent de ces contrats (FO, CFE-CGC), ou la dégressivité des cotisations selon la durée dans l’emploi (CFDT, CFTC).

Début novembre, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, s’est montrée favorable à un système de bonus-malus sur les contrats courts « qui coûtent à l’Unédic 6,2 milliards d’euros et génèrent une précarité pour les demandeurs d’emploi ».

Le patronat, lui, propose de baisser la durée des allocations chômage pour les seniors, sanctionner l’absence de recherche d’emploi ou réformer le mode de calcul des allocations.

Un serpent de mer sera également à l’ordre du jour: la CGT et FO réclameront que les négociations sur l’assurance chômage ne se déroulent plus au siège du Medef, ni sous la présidence du patronat.

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