Assurance chômage: syndicats et patronat se donnent deux mois pour rouvrir le dossier

PARIS, 6 décembre 2016 (AFP) – Syndicats et patronat ont renoué le dialogue mardi sur l’épineux dossier de l’assurance chômage, se donnant deux mois pour s’accorder et décider le 15 février d’une éventuelle réouverture des négociations, qui avaient échoué en juin.

Bousculés par l’échéance de l’élection présidentielle et les critiques à droite sur l’efficacité du paritarisme, les partenaires sociaux sont convenus d’un calendrier de rencontres pour relancer les négociations.

« C’était calme, il y a avait une volonté d’apaisement », a estimé Jean-François Foucard (CFE-CFC) à l’issue d’une réunion de plus de deux heures au Medef, la première depuis six mois. « C’était une bonne entrée en matière pour la réouverture des négociations », a renchéri Eric Courpotin (CFTC).

Trois séances doivent se tenir avant le 15 février pour dresser un « diagnostic partagé » souhaité par le Medef: le 4 janvier sur le marché du travail européen, le 25 janvier sur les contrats courts, puis le 8 février sur le fonctionnement du marché du travail et de l’assurance chômage.

Une réunion est ensuite programmée 15 février pour dire s’il y a matière ou non à rouvrir les négociations au sens propre.

En juin, la négociation, parasitée par la loi travail, avait buté sur une demande des syndicats de moduler les cotisations sur les contrats courts, ce que le Medef avait catégoriquement refusé.

Le gouvernement avait dû prolonger la convention signée en 2014, mais n’a eu de cesse de pousser les partenaires sociaux à se remettre autour de la table, alors que le régime croule sous un déficit de plus de quatre milliards d’euros et une dette record de 30 milliards.

Il a par la suite menacé de reprendre la main. Sa menace n’a pas été mise à exécution, mais c’est désormais la présidentielle qui pèse dans les discussions.

« L’élection peut avoir un effet +booster+ sur une reprise des négociations comme ça peut aussi neutraliser les discussions, ce qui pourrait nous obliger à renégocier après les échéances électorales », a ainsi souligné Jean-Michel Pottier, pour la CGPME.

– ‘Jouer la montre’ –

Certains syndicats ont accusé le Medef de vouloir « jouer la montre » avant le scrutin.

« Le Medef ne le dit pas mais tout le monde sait qu’il attend l’échéance présidentielle car certains parient sur la victoire de François Fillon », dénonce Denis Gravouil (CGT), qui se dit « sceptique » sur une réouverture des négociations.

L’organisation de Pierre Gattaz, qui n’a fait aucun commentaire après la réunion, n’a selon les syndicats toujours pas de mandat pour négocier.

« Ses problèmes internes ne sont pas résolus: il y a une partie du Medef qui souhaite attendre la présidentielle et une autre, plus attachée au paritarisme, qui cherche un mandat », a commenté Michel Beaugas (FO).

Mais les syndicats se sont félicités d’avoir réussi à « contraindre » le Medef de resserrer son calendrier, initialement prévu sur six ou sept séances.

Et selon Véronique Descacq (CFDT), « les trois organisations patronales (Medef, CGPME, U2P) ont affirmé que l’échéance présidentielle n’en était pas une » et « qu’il n’était pas question de laisser le champ de la négociation assurance chômage à l’Etat ».

Sur le fond, le bras de fer s’annonce tendu, tant les lignes paraissent irréconciliables. La réunion du 25 janvier, consacrée aux contrats courts, devrait donc être cruciale.

Les syndicats veulent toujours moduler les cotisations sur ces contrats, dont la hausse continue est à leurs yeux une cause majeure du déficit: soit par une surcotisation générale (CGT), un système de bonus-malus pénalisant les entreprises qui abusent de ces contrats (FO, CFE-CGC), ou la dégressivité des cotisations selon la durée dans l’emploi (CFDT, CFTC).

Début novembre, la ministre du Travail, Myriam El Khomri, s’est montrée favorable à un système de bonus-malus sur les contrats courts « qui coûtent à l’Unédic 6,2 milliards d’euros et génèrent une précarité pour les demandeurs d’emploi ».

Le patronat, lui, propose de baisser la durée des allocations chômage pour les seniors, sanctionner l’absence de recherche d’emploi ou réformer le mode de calcul des allocations.

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