Au Park Hyatt Vendôme, des employés prêts à la grève « jusqu’à Noël »

PARIS, 10 octobre 2018 (AFP) – « On ne va pas se laisser faire ». Devant le Park Hyatt Vendôme à Paris, les grévistes de ce palace, très majoritairement des femmes de chambre, équipiers et gouvernantes qui y travaillent en sous-traitance, tiennent bon depuis le 25 septembre. Prêts à rester « jusqu’à Noël » s’il le faut.

« C’est chez moi, j’ai grandi ici, je vis ici », raconte Saandia, femme de chambre depuis l’ouverture de l’hôtel en 2002. Pour elle, être salariée de l’hôtel, ce serait « être tranquille », échapper aux changements de prestataire. Titulaire du marché depuis 2017, le groupe de propreté STN (4.700 salariés) est le quatrième.

Mardi, ils ont entamé leur troisième semaine de grève et toujours pas de solution en vue. « À aucun moment », la direction de l’hôtel ni le prestataire « ne sont venus débattre de nos revendications », la principale étant « l’internalisation » dans les effectifs de l’hôtel, explique Nora Khalil, déléguée du syndicat CGT Hôtels de prestige et économiques (CGT-HPE).

Ce matin-là, ils sont plus d’une trentaine répartis devant trois entrées de l’établissement. Décoré aux couleurs de la CGT, l’accès principal, rue de la Paix, a été fermé. « Hyatt, non à la sous-traitance », proclame une banderole.

Les clients entrent par une porte latérale, leurs valises roulant sur les lambeaux de journaux, oeuvre des grévistes, qui recouvrent le trottoir. Accompagnés par un mugissement de sirène, le tam-tam de tambours improvisés ou le lancinant slogan « So So Solidarité ». Un vacarme qui détonne dans la très chic avenue où s’alignent les devantures de joaillerie.

Le Park Hyatt Vendôme est le « seul palace » parisien dont le service hébergement (femmes et valets de chambre, équipiers, gouvernantes…) est sous-traité, rappelle la déléguée. Sur les quelque 300 personnes travaillant dans l’établissement, 77 sont salariées de STN. La sécurité, non concernée par le conflit, est aussi assurée par un prestataire.

Selon Claudio Ceccherelli, directeur général du palace, sous-traiter l’entretien des chambres « fait partie du modèle économique des hôtels de la chaîne Hyatt ». « Mensonges », répondent la CGT-Paris et la CGT-HPE, qui soulignent que, « sur les sept hôtels gérés par le groupe en France, quatre assurent » en interne le service d’hébergement.

– « Pression énorme » contre la grève –

« On est un palace » et « ils n’ont toujours pas compris que le +house-keeping+ est le coeur de métier… », soupire Nora Khalil.

Wandé, un plongeur, et Sofiane qui, pour « 10 euros de l’heure », souffre d’une « double hernie discale causée par le chariot » qu’il doit pousser pour le service mini-bar, participent à la mobilisation. Malgré la « pression énorme » en interne pour que les employés ne fassent pas grève, explique-t-il.

Outre l’internalisation de « l’ensemble des salariés de la sous-traitance », les grévistes, qui avaient obtenu lors de précédents conflits en 2014 et 2017 l’augmentation des salaires de trois euros de plus et le remboursement « à 100% » du ticket de transport, revendiquent aussi les mêmes acquis pour les salariés « employés directement par l’hôtel ».

Ils réclament également une diminution des cadences. « Dans les autres palaces, une femme de chambre doit faire sept chambres. Nous, c’est neuf à neuf et demi », un rythme de plus en plus difficile à tenir compte tenu d’une clientèle de plus en plus sans gêne, observent-ils.

L’hôtel et STN « se (renvoyant) la balle » quand il y a un problème, les grévistes craignent aussi de « tout perdre » avec la disparition de leurs élus. Les « ordonnances Macron » ont supprimé le droit pour les salariés de la sous-traitance de se présenter aux élections professionnelles dans l’établissement où ils sont mis à disposition.

A défaut, ils revendiquent au moins « plusieurs délégués de proximité ». Or, chez STN, il est prévu la mise en place « d’un seul comité social et économique (CSE, institué par les ordonnances) au niveau national ».

Contacté par l’AFP, le groupe STN n’a pas donné suite.

Dénonçant des « entraves », les syndicats ont assigné en référé à la fois l’hôtel et le groupe de propreté.

Mais « ce qui fait mal au coeur, dit Nora Khalil, c’est le sentiment d’être des ennemis. Comme si on ne travaillait pas ici ».

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