Avec un confinement prolongé, la France noircit encore ses prévisions économiques

PARIS, 14 avril 2020 (AFP) – La récession historique que devrait connaître la France sera encore plus grave qu’anticipée, avec 8% de chute du PIB en 2020, a prévenu le gouvernement après l’annonce d’une prolongation du confinement jusqu’au 11 mai.

Moins d’une semaine après avoir déjà annoncé une contraction de l’activité de 6% cette année, inédite depuis 1945, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a prévenu mardi que le gouvernement s’attendait désormais à ce que le produit intérieur brut (PIB) se replie encore davantage.

« Nous aurons une prévision de croissance qui sera fixée à -8% pour le projet de loi finance rectificative », qui sera présenté mercredi en conseil des ministres, a averti le ministre sur RMC/BFMTV.

En cause, la prolongation du confinement des Français jusqu’au 11 mai annoncée lundi soir par le président de la République, Emmanuel Macron, mais aussi la possibilité d’une reprise de l’activité seulement progressive après cette date.

Si certains pourront retourner travailler, « les lieux rassemblant du public, restaurants, cafés et hôtels, cinémas, théâtres, salles de spectacles et musées resteront en revanche fermés à ce stade », a indiqué M. Macron.

« Le 11 mai après-midi, on ne va pas retrouver le pays comme il était il y a trois mois », a insisté mardi le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin sur France info, ajoutant que le retour à la normale « va prendre du temps ».

Il y a moins d’une semaine, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin dévoilaient déjà des prévisions historiquement mauvaises pour l’économie française cette année avec une contraction du PIB de 6%, conséquence de la quasi mise à l’arrêt de l’économie. Ils doublaient alors leur plan d’urgence, à 100 milliards d’euros, pour soutenir les entreprises et les salariés.

Ce plan d’urgence est désormais encore relevé, avec notamment une augmentation du budget consacré au chômage partiel, estimé à 24 milliards d’euros contre 20 milliards précédemment.

– Dette publique à 115% du PIB –

Le fonds de solidarité dédié aux très petites entreprises et aux indépendants est lui doté de 1 milliard d’euros supplémentaire, soit 7 milliards au total.

Au-delà du maintien des 1.500 euros pour les entreprises ayant une chute de plus de 50% de leur chiffre d’affaires, le « deuxième étage » du dispositif « va être porté de 2.000 à 5.000 euros » pour les entreprises menacées de faillite, a déclaré Bruno Le Maire.

Signe que les petites entreprises souffrent: 900.000 d’entre elles se sont déjà inscrites pour bénéficier de ce fonds, dont les règles d’éligibilité vont encore être assouplies, trop d’entrepreneurs se plaignant d’en être exclus.

« Le fonds va être beaucoup plus généreux, beaucoup plus substantiel et beaucoup plus ouvert à tous les entrepreneurs qui sont touchés par la crise », a résumé M. Le Maire.

En conséquence, le nouveau projet de budget rectifié qui sera présenté mercredi en conseil des ministres intègrera un déficit public encore plus important plus que prévu, à environ 9% du PIB en 2020 tandis que la prévision de dette est relevée à 115%, contre respectivement 7,6% et 112% précédemment, a annoncé Gérald Darmanin.

« On n’est pas arrivé à la fin de cette crise du Covid-19. Les chiffres que je vous donne et que donne le ministre de l’Economie sont indicatifs », a-t-il toutefois prévenu, rappelant que « des centaines » de personnes continuent de mourir chaque jour dans les hôpitaux.

« Nous ne connaissons pas exactement la fin du confinement, même si on a un objectif donné par le président de la République, (et) on ne connait pas exactement la façon dont on va déconfiner », a-t-il ajouté.

Mais les annonces présidentielles ont quand même redonné un peu d’espoir au monde économique. Le Medef s’est ainsi dit « satisfait que le président ait fixé un cap pour remettre le pays en marche ».

La CPME a salué mardi les « perspectives » tracées par Emmanuel Macron, en jugeant « impératif de connaître rapidement et précisément les règles » en vigueur après le 11 mai, ainsi qu’un prolongement des aides « aussi longtemps que l’économie devra fonctionner dans un cadre contraint ».

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