Banque: les suppressions d’emplois, signe visible d’une profonde mutation

PARIS, 20 février 2020 (AFP) – Santander, Deutsche Bank, Commerzbank, UniCredit, HSBC… La liste des banques prévoyant de supprimer des postes ne cesse de s’allonger, signe d’une profonde mutation à l’oeuvre dans le secteur, couplée à un environnement économique semé d’embûches.

Le géant bancaire sino-britannique HSBC a promis mardi une réorganisation radicale impliquant la possible suppression de 35.000 emplois en trois ans et une sévère réduction de voilure aux Etats-Unis et en Europe.

Ces coupes vont s’ajouter à celles déjà réalisées ou programmées par d’autres poids lourds du secteur: 8.000 suppressions chez l’italien UniCredit d’ici à 2023, 18.000 pour l’allemand Deutsche Bank et 4.300 pour son compatriote Commerzbank, ou encore 3.200 du côté de l’espagnol Santander, pour ne citer que les plus importantes.

Au total, près de 100.000 suppressions de postes ont été annoncées au cours des derniers mois à l’échelle mondiale, dont une large part en Europe.

Le secteur bancaire est-il appelé à devenir la sidérurgie du XXIe siècle, comme certains observateurs le prédisent ? La question est encore loin d’être tranchée, car si les banques suppriment des postes, elles créent aussi beaucoup de nouveaux emplois.

En France par exemple, elles ont réalisé 42.300 embauches en 2018. Si la baisse des effectifs est réelle dans le pays ces dernières années, elle se fait à marche lente, moins de 1% en moyenne depuis 2011, selon les chiffres de la Fédération bancaire française. Et rares sont les licenciements, le gros des suppressions de postes étant réalisé par le non-remplacement de départs en retraite ou le redéploiement de salariés sur d’autres métiers.

– Nouvelle relation bancaire –

« La relation bancaire change de nature, il faut sans doute moins d’agences et de guichetiers, mais il faut plus de spécialistes de la relation web, du e-commerce ou de l’analyse des données », explique à l’AFP Eric Dor, directeur de recherche à l’Institut d’économie scientifique et de gestion (IESEG).

Comme d’autres pans de l’économie, le secteur bancaire est en effet heurté de plein fouet par la révolution numérique, qui modifie les comportements et les attentes des consommateurs: ils sont de moins en moins enclins à se rendre en agence ou à subir le joug d’un conseiller bancaire.

« Le secteur bancaire a besoin de moins d’emplois. La technologie permet aux clients de faire de plus en plus de choses par eux-mêmes et il y a par conséquent besoin de moins de personnel pour fournir le même niveau de service », a récemment souligné Jean Beunardeau, directeur général de HSBC France.

Les nouvelles technologies favorisent par ailleurs l’émergence de nouveaux concurrents, venus souvent du numérique. Plus innovants, plus agiles, ils ont su mieux comprendre les aspirations nouvelles des clients.

Pour contrer cette concurrence grandissante, les grandes banques doivent réaliser de coûteux investissements pour faire évoluer des systèmes informatiques souvent vieillissants et peu performants.

– Chasse aux coûts –

Pour ne rien arranger, le secteur est confronté à un environnement peu porteur. Tensions géopolitiques, taux bas voire négatifs en Europe, durcissement de la réglementation… Autant de facteurs qui mettent à rude épreuve la rentabilité des banques.

D’où une chasse aux coûts tous azimuts et la suppression d’un certain nombre de postes jugés trop peu rémunérateurs ou situés dans des zones géographiques en mal d’activité.

« Les modèles ont vécu. La façon d’opérer les services financiers n’a pas été révolutionnée depuis l’introduction des distributeurs automatiques dans les années 70, ça évolue très lentement », explique à l’AFP Julien Maldonato, du cabinet Deloitte.

« On va passer d’une industrie très focalisée sur la gestion administrative, voire la gestion papier, à une industrie où de nouvelles compétences vont émerger. Petit à petit, il y a une lente évolution vers un rapport différent aux services financiers », estime cet analyste.

Signe de cette mutation, une Caisse d’Épargne va expérimenter ces prochains mois le statut d’entrepreneur pour les conseillers bancaires, une première en France. Certains représentants syndicaux ont dénoncé un « tsunami » et une « ubérisation du secteur bancaire ».

Ce type d’initiative « est une première étape, l’étape suivante sera peut-être de confier l’intégralité de la relation client à des nouveaux acteurs, qu’ils s’appellent Google ou Amazon », anticipe M. Maldonato.

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