Bilan encourageant pour l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée »

PARIS, 29 avril 2019 – Initiée en 2017, l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » (1) a pour objectif de montrer qu’il est possible de proposer un emploi digne et durable à toutes les personnes qui le souhaitent. L’ouvrage Zéro chômeur, 10 territoires relèvent le défi en dresse un premier bilan.

« Nous voulons des emplois de qualité, des CDI payés au minimum le Smic et à temps choisi ». Daniel Le Guillou est vice-président de l’entreprise à but d’emploi (EBE) Actypoles-Thiers (Puy-de-Dôme), chargé de la capitalisation au sein de l’association « Territoires zéro chômeur de longue durée » et co-auteur de l’ouvrage Zéro chômeur-Dix territoires relèvent le défi (sorti le 18 avril 2019, Editions Quart Monde et Les Editions de l’Atelier/Editions ouvrières).

Débutée en 2017, l’expérimentation est en réalité portée par ATD Quart Monde depuis 2011, sur le principe du volontariat des chômeurs de longue durée pour revenir à l’emploi. Mais pas à n’importe quel prix. Le paradigme est inversé : « Il faut oublier le slogan : « ils doivent s’adapter » ! C’est à l’entreprise de s’adapter au salarié ! C’est à la société de faire des efforts », indique Daniel Le Guillou. Et pour quels profils ? « Tous les volontaires. Tous ceux qui sont en dehors de l’emploi, sans aucune exception. Nous visons l’exhaustivité sans sélection. Et comme il existe au moins 30 % de personnes en dehors des radars, notre travail est aussi de nous adresser à tous ces invisibles ».

« Venez comme vous êtes et après on vous formera »

Cette démarche peu commune a été mise en place grâce à des EBE qui embauchent des chômeurs volontaires afin de réaliser des travaux utiles localement mais non réalisés par d’autres sociétés, car ils sont jugés peu utiles ou peu lucratifs. Du maraîchage bio, un garage solidaire, des taxis, la livraison de bois de chauffage à des familles ayant des faibles ressources, une épicerie ambulante, une collecte des invendus alimentaires … L’activité est infinie. Elle existe mais le secteur marchand ne s’y intéresse pas, faute de retour sur investissement rapide. L’objectif n’est pas non plus de concurrencer des entreprises déjà présentes sur un marché, mais d’agir dans leur écosystème et de relocaliser puis de développer des activités nécessaires au développement de territoires souvent enclavés.

Alors les EBE prennent le pari de la réinsertion par l’économie solidaire qui prend des formes différentes selon les lieux. Toujours en lien avec l’économie locale. Elles sont notamment financées par la réaffectation de fonds destinés aux coûts liés à la privation d’emploi – soit au moins 18 000 euros par an par personne privée d’emploi de manière durable. Sur les dix territoires de 5 000 à 10 000 habitants, la mission est de tendre la main à tous. « Venez comme vous êtes et après on vous formera, soit dans l’EBE, soit à l’extérieur », tel est le message fort de Daniel Le Guillou. « Avant, on n’avait que la misère à leur proposer. Tout le monde avait démissionné. Et pourtant, il suffit que les personnes qui dorment dans leur voiture trouvent un logement, qu’on les aide pour des dépenses basiques comme les soins dentaires, réapprendre à se nourrir correctement et on les découvre différents, trouvant leur place ! ». Sur cette population déshéritée, 50 % est isolée ou célibataire. Retrouver un collectif, supporter les autres fait aussi partie de l’apprentissage. Résultat : l’EBE est souvent la première marche pour retrouver un emploi de qualité et une vie moins précaire. Ensuite, 80 % des salariés retournent dans une autre structure, 10 % partent à la retraite et 10 % restent dans l’EBE.

25 ans d’errance pour le chômage de masse

Les mesures prises depuis vingt-cinq ans se révèlent insuffisantes et inadaptées pour résorber le chômage de masse et notamment le chômage de longue durée, analyse l’ouvrage Zéro chômeur, 10 territoires relèvent le défi. Des politiques « dont l’objectif est de favoriser la création d’emplois, se caractérisent par un coût de plus en plus élevé (45 milliards d’euros en 1993, 122 milliards en 2015) et un impact limité sur l’emploi ». Les entreprises locales où l’expérimentation est en cours, en ont pris conscience. « Certains emplois créés par des employeurs locaux en 2017 ou 2018 répondent à des besoins nouveaux révélés par des prestations proposées par des entreprises à but d’emploi. L’expérimentation se révèle donc être aussi un levier pour l’émergence de nouvelles activités en dehors des entreprises à but d’emploi », détaille l’ouvrage.

Après des décennies d’errance et de choix inefficients, l’exécutif semble, lui aussi, désormais sensibilisé à cette question. Par les maires, comme Marcel Bouvier, édile de Pipriac (Ille-et-Vilaine), qui, dans le livre-bilan, rend hommage au dialogue et aux liens instaurés entre élus, chômeurs et chefs d’entreprise.

Au niveau national, avec notamment Laurent Grandguillaume, ancien député socialiste de Côte d’Or, qui a soutenu et porté le projet dès 2014, créant un groupe de travail d’une vingtaine de députés. Motivé, il organise dès 2015 des auditions d’acteurs sensibilisés à cette cause (syndicats, patronat, associations), puis participe à la médiatisation d’une « marche » sur l’Assemblée nationale des personnes engagées sur les quatre premiers territoires, le 27 avril 2015.

Devenu président bénévole de l’association Territoires zéro chômeur de longue durée, il poursuit son engagement. Dans un tweet du 26 avril 2019, il déclare : « Nous sommes souvent qualifiés d’utopistes par les « glaciateurs ». Mais les concernant, n’est-il pas utopiste de penser que la société actuelle soit satisfaisante ? Nous portons une utopie réaliste dans déjà 10 territoires en France car elle se réalise au quotidien ! »

Un financement correct à préserver

En septembre dernier, le président de la République a annoncé une extension de l’expérimentation à d’autres territoires d’ici à 2020. « Malheureusement, le financement a diminué, il est plutôt de 17 300 euros aujourd’hui, car l’Etat procède à la réduction de l’allocation. Une réduction totalement injustifiée si l’on veut s’attaquer au chômage de longue durée en France », déplore Daniel Le Guillou.

Emmanuel Macron avait pourtant montré son intérêt pour cette question, annonçant un plan de lutte contre la pauvreté dès le mois de septembre 2018. Avec une moyenne de 22 000 euros par an et par personne en période de reconquête d’un emploi, l’opération « Territoires zéro chômeur de longue durée » aurait toutes les chances de réussir, estime le vice-président de l’EBE Actypoles-Thiers. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le bilan à mi-parcours est une réussite ; en 21 mois, 800 personnes ont été embauchées dans les 11 EBE créées. Et 200 autres territoires se disent intéressés par l’expérimentation qui répond aussi à la demande aiguë de lien social. L’utopie décrite par Laurent Grandguillaume est en passe de se propager !

(1) L’expérimentation concerne les territoires suivants : Colombelles (14), Colombey-les-belles (54), Jouques (13), Mauléon (79), Métropole de Lille (59), Nièvre et Forêt (58), Paris 13e (75), Pipriac (35), Thiers (63), Villeurbanne quartier Saint-Jean (69).