Brexit: les entreprises françaises présentes au Royaume-Uni vont devoir s’adapter

 PARIS, 28 juin 2016 (AFP) – Baisse de la livre sterling, rétablissement de barrières douanières… La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne va obliger les entreprises françaises implantées Outre-Manche à adapter leurs pratiques commerciales ou juridiques. Mais le processus devrait prendre plusieurs années.

Effets de change

Pour de nombreux économistes, c’est l’effet le plus évident à attendre du Brexit à court et moyen terme. « Il y a un risque de décrochage durable de la livre sterling », en raison des « craintes pesant sur l’économie britannique », résume à l’AFP Denis Ferrand, directeur de l’institut COE-Rexecode.

Pour les entreprises françaises, ce décrochage sera synonyme de baisse des ventes, la chute de la devise britannique — qui a perdu depuis jeudi soir environ 8% de sa valeur face à l’euro — rendant mécaniquement les produits importés de la zone euro plus chers pour les consommateurs britanniques.

Selon Euler Hermes, le Brexit pourrait faire reculer les exportations françaises de 3,2 milliards d’euros entre 2017 et 2019, notamment dans le secteur de la chimie, de l’agroalimentaire et des machines et équipements. Un montant important au vu des ventes tricolores au Royaume-Uni, proches de 30 milliards d’euros par an.

Règles douanières

« Si, à chaque fois qu’il y a un morceau de métal qui traverse la Manche, et il y en a, il y a une taxe, évidemment la compétitivité d’Airbus est par terre », a prévenu la semaine dernière Marwan Lahoud, responsable de la stratégie de l’avionneur européen, rappelant que les ailes des avions sont construites au Pays de Galles.

Le rétablissement des droits de douanes, avec le Brexit, est en effet une question clé, aussi bien pour les entreprises qui exportent vers le Royaume-Uni que pour celles qui y sont implantées et exportent vers le reste du marché européen.

Mais « tant que la procédure de sortie n’est pas entamée, on ne peut pas dire ce qui va changer en matière de règles douanières », insiste Ana Boata, économiste chez Euler Hermès, interrogée par l’AFP.

« On ne peut pas chiffrer aujourd’hui ce que pèsera un rétablissement des droits de douane. Les négociations définiront les droits de douane futurs », renchérit Joseph Smallhoover, avocat spécialisé en droits de douane et sur les questions de commerce international associé au cabinet Bryan Cave.

Droit des affaires

« De nombreuses industries et banques non européennes ont leur siège européen dans la capitale britannique », rappelle à l’AFP Philippe Waechter. D’où l’importance du cadre réglementaire dans lequel elles évoluent.

Toutefois, « il n’y aura pas forcément d’énormes conséquences pour les entreprises françaises ayant des contrats au Royaume-Uni », déclare Evelyne Friedel, avocate associée au cabinet Taylor Wessing exerçant en droit européen et de la concurrence.

« Le droit britannique de la concurrence est très proche du droit de l’Union européenne », indique-t-elle à l’AFP. De fait, « sur les contrats commerciaux, le Brexit n’aura pas d’impact révolutionnaire. C’est surtout sur les clauses relatives à la monnaie du contrat qu’il faudra être vigilants », observe-t-elle.

Droit du travail

Selon l’Insee, près de 3.000 filiales françaises sont implantées au Royaume-Uni, et y emploient 359.000 personnes. Le Royaume-Uni est ainsi le premier pays européen d’implantation des entreprises françaises pour le nombre d’employés.

Pour le personnel non-britannique, le Brexit aura des conséquences. « Tous les ressortissants de l’UE qui résident au Royaume-Uni bénéficient de la liberté de circulation, mais à l’issue des négociations (…) ils devront éventuellement passer sous un régime de visa », indique Guillaume Bordier, avocat au cabinet Capstan, spécialiste du droit social et de la sécurité sociale.

Les entreprises françaises réfléchiront donc davantage avant d’envoyer des salariés.

« En droit du travail, les directives européennes ont été transposées dans le droit anglais sur la durée du travail, les discriminations, l’égalité de traitement, la durée des congés payés, du congé maternité, les licenciements économiques ou encore les consultations des comités d’entreprise », explique M. Bordier. « Si le nouveau gouvernement ou le Parlement décident d’abroger des lois qui étaient l’application de directives européennes, il n’y aura plus d’obligations de conserver ces textes », ajoute-t-il.

Mais « ils auront beaucoup trop de choses à négocier en même temps pour se dire on refait le droit britannique à partir de zéro », avance Ana Boata, d’Euler Hermès.

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