Celio, nouvelle enseigne du secteur textile victime du Covid-19

PARIS, 22 juin 2020 (AFP) – En demandant lundi son placement en procédure de sauvegarde, l’enseigne de prêt-à-porter masculin Celio a ajouté son nom à une longue liste de marques de l’habillement que le Covid-19 a gravement touchées: Naf Naf, Camaïeu, André, la Halle…

Dans un communiqué, Celio précise que « la fermeture brutale pendant deux mois de ses 1.585 magasins dans le monde, dont 488 points de vente en France, 484 en Inde, 62 en Espagne et 61 en Italie, a entraîné une perte de chiffre d’affaires pour le groupe de près de 100 millions d’euros entre mars et mai 2020 ».

Et près de 300 magasins sont toujours fermés dans des pays encore touchés par le Covid-19.

Une situation qui contraint l’enseigne, fondée en 1978 et qui se présente comme le « leader » de son secteur depuis 30 ans, avec environ 6% de parts de marché en France, de solliciter la justice.

« N’ayant pu trouver un accord avec ses partenaires bancaires, Celio a décidé de placer la société Celio France ainsi que sa maison mère Celio International sous la protection du tribunal de commerce avec l’ouverture de procédures de sauvegarde », affirme-t-elle.

Pour Celio, dont l’actionnariat est à 100% familial, « cette solution permettra au groupe de préserver sa trésorerie pendant les prochains mois afin de se donner du temps dans la reprise de l’activité commerciale et d’adapter la transformation déjà engagée » en 2019.

La procédure ne concerne pas les filiales étrangères du groupe, ni ses affiliés en France et les franchisés à l’international.

« Aujourd’hui, tous nos magasins en France ont rouvert leurs portes. La situation n’est évidemment pas revenue à la normale mais le redémarrage de nos ventes s’avère moins détérioré que ce que nous redoutions », explique la présidente de Celio, Gaëlle de la Fosse, citée dans le communiqué.

– empilement de chocs –

En 2019, l’enseigne, fondée par Maurice Grosman et dont les fils Marc et Laurent sont désormais à la tête, a dégagé 465 millions d’euros de chiffre d’affaires en France.

Quant au groupe, il a enregistré des ventes de plus de 560 millions d’euros en 2019, en repli par rapport au chiffre d’affaires 2018 qui s’était établi à plus de 605 millions.

Les frères Grosman, ainsi que leurs familles, figurent à 256e place du classement 2019 des 500 plus grandes fortunes de France établi par le magazine Challenges.

Cette annonce ne surprend pas vraiment à l’heure où s’accumulent les déboires pour d’autres grandes enseignes du textile, confrontées elles aussi à la fermeture de leurs points de vente pendant plusieurs semaines et donc à la quasi-absence de rentrée d’argent.

L’enseigne de chaussures André, plus que centenaire, a été la première à se dire victime de la crise sanitaire, le 1er avril dernier et à être placée en redressement judiciaire.

Le PDG du site de vente en ligne Spartoo propriétaire d’André, Boris Saragaglia, avait alors pointé une multiplication des crises: « gilets jaunes », grèves « en pleine période de soldes en janvier » et Covid-19.

Un empilement de chocs que les groupes les plus fragiles n’ont pas supporté, tels le spécialiste de vêtements pour enfants et d’articles de puériculture Orchestra-Prémaman, qui vient d’être repris par son fondateur Pierre Mestre au détriment du groupe saoudien Al Othaim, au terme de deux mois de procédure judiciaire.

Outre les mouvements sociaux, la distribution subit la baisse drastique de la consommation de vêtements et de chaussures neufs et la concurrence de l’occasion. Depuis 2008, le marché a perdu 15% de sa valeur, selon l’Institut français de la Mode (IFM), et c’est le « moyen de gamme » qui est le plus touché.

D’où les placements en redressement judiciaire du groupe nordiste Camaïeu (3.900 salariés), de Naf Naf (1.170 salariés), qui vient d’être repris par le groupe SY dirigé par l’homme d’affaires français d’origine turque Selçuk Yilmaz, et de La Halle (5.800 personnes), dont on connaîtra le repreneur le 29 juin.

lrb/pn/spi