CGT: des « révolutionnaires » critiquent la « ligne » de Martinez

DIJON, 13 mai 2019 (AFP) – Des syndicats CGT « révolutionnaires » ont critiqué lundi la volonté de Philippe Martinez, le secrétaire général de la confédération, de vouloir maintenir sa ligne malgré « les échecs » des trois dernières années, lors d’une conférence de presse en marge du congrès à Dijon.

Dans une interview au Parisien dimanche, le numéro un de la CGT, qui doit être reconduit vendredi à la tête de la confédération, a dit vouloir maintenir la ligne de sa confédération. « Il n’y a aucune raison de changer de ligne. +On ne lâche rien!+ sera mon mot d’ordre à ce congrès », a-t-il déclaré à la veille du début de cette grand-messe réunissant un millier de militants.

« Martinez a fermé le congrès avant de l’ouvrir! », s’est agacé Romain Altmann, de Info’Com-CGT, « atterré par les propos » du secrétaire général.

« Cette ligne doit être redéfinie: on devrait d’abord construire un rapport de force, puis aller discuter » avec l’exécutif ou les entreprises, a-t-il ajouté, alors que Philippe Martinez rappelle dans Le Parisien que « le rôle d’un syndicat est de négocier », et « quand la négociation bloque, il faut créer un rapport de force ».

« Il n’y a rien de social à négocier avec l’adversaire de classe », a de son côté relevé Ludovic Bouvier (Métallurgie), pour qui la place de la CGT est « dans les luttes, y compris avec les +gilets jaunes+ ». « La CGT a toujours été un syndicat révolutionnaire », a-t-il ajouté.

Ces syndicats, qui se présentent comme « révolutionnaires », ont mis sur la table dès l’automne un document d’orientation alternatif, « une première historique qui permet de libérer le débat en interne », a assuré l’avocat Fiodor Rilov, co-auteur du texte. Le document invite à « définir une orientation claire » et à « redonner à la grève son vrai pouvoir ». Seulement une trentaine de syndicats s’y sont associés, sur un total de 30.000, une « déception » pour ces syndicalistes, qui prévoient de continuer de le faire vivre jusqu’au 53e congrès, dans l’espoir d’y associer davantage de signataires.

Lors de ce congrès, certains profiteront de prises de paroles en tribune autour du document d’orientation, entre mardi et jeudi, pour « orienter le débat », a relevé Isabelle Bosseman (CGT Lille). Quant au rapport d’activité, qui doit être voté mardi matin, « nulle part l’échec de la CGT n’y est abordé ».

« L’échec de 2016 (loi travail) a été une catastrophe et très difficile à récupérer. Les gens ont fait jusqu’à 15-20 jours de grève pour une lutte avortée, sans lendemain. Aujourd’hui, quand on les appelle sur une grève ponctuelle, ils nous demandent où est-ce qu’on les emmène », a-t-elle témoigné.

Ces syndicats critiquent également la manière dont le congrès a été organisé, dénonçant « un centralisme ». Ils contestent notamment le fait que le document d’orientation de 90 pages n’ait été envoyé aux structures qu’en février, ne leur donnant pas le temps de le lire, et que des critères exclusifs aient été mis en place (impossibilité d’aller au congrès après trois participations).

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