« Chantage », « vacances »… Les réalités diverses du chômage partiel

PARIS, 9 avril 2020 (AFP) – Activité inexistante, télétravail partiel, pression hiérarchique… Le chômage partiel, mobilisé pour faire face à la crise liée au coronavirus et qui concerne désormais près de sept millions de salariés, soit un tiers du secteur privé, recouvre des réalités multiples, selon des témoignages recueillis par l’AFP.

« Du chantage »

Mickaël (*), 42 ans, technicien d’études et représentant du personnel:

« On travaille dans un bureau d’études pour des grands groupes de BTP. En théorie, on a tous été placés en chômage partiel. Mais notre patron souhaite nous faire reprendre notre activité en nous faisant signer une décharge. Sinon, il menace de fermer certaines agences. C’est du chantage. Une énorme pression est exercée sur les techniciens pour qu’ils reprennent le travail alors que l’activité de l’entreprise n’est pas nécessaire vu que les entreprises de BTP pour qui nous travaillons sont fermées. C’est inadmissible mais bon, comme souvent, il y a le discours patronal et la réalité. »

« Un peu comme des vacances »

Kyle, 21 ans, auxiliaire de puériculture en apprentissage dans les Hauts-de-Seine:

« Je suis en chômage partiel depuis que la crèche dans laquelle je travaille a fermé. Donc depuis un mois, je ne travaille plus et je ne suis sorti qu’une fois, le jour de mon anniversaire. Au mois de mars, j’ai touché moins que d’habitude.

C’est un peu comme des vacances et c’est tout aussi bien. Même si je sens mon corps qui s’alourdit, un peu comme une larve. Si ça continue comme ça, je vais finir par perdre la notion du temps. »

« Un moindre mal »

Guillaume, 28 ans, travaille pour une plateforme de réservation en ligne de restaurants:

« Avec la fermeture des bars et des restaurants, notre activité a été durement touchée. Donc d’abord, j’ai été mis en télétravail pendant deux semaines. Puis, comme il n’y avait plus d’activité, j’ai été placé en chômage partiel. Actuellement, je touche 84% de ma rémunération en net (minimum légal) et je me dis qu’en France, on est plutôt bien lotis.

Je comprends la situation et j’ai de la chance d’être dans une entreprise transparente. Il en va aussi de sa survie. C’est un moindre mal par rapport à ce que l’on vit. Et ça me donne envie de retourner au travail et de voir mes collègues. On s’est beaucoup appelé en visio pour garder le sourire. »

« Les salariés seront déçus si ça ne sauve pas la boîte »

Virginie (*), 51 ans, responsable financière d’une start-up dans l’industrie en Île-de-France:

« Je suis à 40% au chômage partiel, c’est-à-dire qu’en théorie je travaille une journée entière et quatre demi-journées dans la semaine. On se rend compte que c’est compliqué dans une petite boîte de ne faire que des demi-journées, on est davantage sollicités que ça…

Dans mon entreprise, il y a des inquiétudes sur le fait que la reprise se fasse trop doucement et que ce soit compliqué financièrement. Mais quand l’annonce du chômage partiel a été faite aux salariés, ils ont été extrêmement volontaires, d’autant que la baisse de rémunération est limitée (10% sur le salaire net quand on est à 40% de chômage partiel, ndlr). Les salariés se sont dits prêts à cette option pour sauver la boîte, mais ils seront déçus si ça ne la sauve pas. »

« On perd moins de temps en réunion »

Alexandre, 36 ans, ingénieur recherche et développement chez un équipementier automobile. Il travaille à 60% (trois jours sur 5) et touche comme cadre 100% de son salaire grâce à la convention collective de la métallurgie:

« Le site a été fermé, on s’est retrouvé brusquement en télétravail. Chacun travaille de son côté mais paradoxalement, les gens sont plus facilement joignables alors qu’au travail les gens sont tout le temps débordés, en réunion ou en déplacement. On perd moins de temps en réunion pour rien.

Cela ne remplace pas les interactions, c’est quand même plus facile de discuter avec un vis-à-vis pour résoudre un problème. En principe on doit être joignables de 08H00 à 17H00. Les managers respectent les règles: on ne nous demande pas de faire le travail de cinq jours en trois jours. »

(*) Le prénom a été modifié.

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