Cheminots non grévistes par conviction, résignation ou par nécessité

PARIS, 24 avril 2018 (AFP) – Par conviction, résignation, ou pour des raisons financières, un certain nombre de cheminots ne suivent pas le mouvement contre la réforme de la SNCF, et s’emploient à assurer la continuité du service, au grand dam des grévistes qui tentent de maintenir la mobilisation.

« Il y a un moment où les choses sont inévitables. La grève ne va rien changer, la réforme vient de passer à l’Assemblée (nationale) et fera son chemin », affirme Alexandra, 34 ans, agent de maîtrise à la SNCF.

Dans son service de quelque 80 salariés, majoritairement composé de cadres et où des « réunions internes d’information » sont organisées régulièrement, la jeune femme n’a comptabilisé que deux grévistes.

« Résignée » face à la détermination du gouvernement de réformer la SNCF, Alexandra se dit aussi non-gréviste par conviction. « L’ouverture à la concurrence, je suis totalement pour! On était bien contents pour les opérateurs de téléphonie, de passer à des forfaits à deux euros. Les trains c’est pareil, il faut que ça se fasse », explique-t-elle.

Comme d’autres non-grévistes, Alexandra s’est engagée dans le « dispositif des volontaires de l’information », ces « gilets rouges » sollicités par la direction de la SNCF et chargés d’encadrer les voyageurs pendant les épisodes de grève. Il s’agit pour elle d’assurer la continuité d' »un service public minimum » aux « usagers perdus ».

Pour Jeanne, 32 ans, au service achat de la SNCF et en « gilet rouge » depuis le 22 mars, jour de la première grève, la priorité est aussi d' »assurer une présence en gare ».

Embauchée au statut, la cheminote dit « ne pas voir l’avenir avec pessimisme » ni être inquiète d’un éventuel transfert dans le privé, ou même du financement de sa retraite avec la disparition programmée du statut.

« Il faudra qu’on s’adapte, peut-être travailler ailleurs, être détaché, ne plus avoir le statut. Moi, je ne m’en fais pas. Il y a quand même des conventions collectives qui sont là et notre métier, on pourra l’exercer ailleurs si besoin », explique-t-elle.

Mais cette permanence assurée par les « gilets rouges » et majoritairement composée des cadres de la SNCF – 60% selon la responsable du programme Monique Ricard – complique la tâche des grévistes.

– « mercenaires » –

« Des +traîtres+ c’est un bien grand mot, on respecte le droit de ne pas faire grève, mais ce qui nous dérange c’est qu’ils nous remplacent. On s’en sert contre nous », explique Maxime, conducteur de train et délégué syndical CGT. « Il faut comprendre qu’il y a beaucoup de gens qui perdent de l’argent » pour défendre l’intérêt de tous les cheminots, ajoute-t-il.

Sébastien, 41 ans, également conducteur, en veut surtout aux non-grévistes qui acceptent de remplacer les conducteurs dans le « pool fac ». Le « pool facultatif » est une équipe de remplacement en Ile-de-France, avec une rémunération plus importante. Une « équipe de mercenaires » selon Sébastien, payée « pour casser la mobilisation sociale ».

Pour les représentants syndicaux, le faible engagement de certains cheminots serait toutefois essentiellement dû à des difficultés financières et aux « pressions indirectes » de la direction.

Ils sont de fait de plus en plus nombreux à alléger leur calendrier de grève pour des questions d’argent.

« Au début je faisais la grève complètement, c’est-à-dire deux jours tous les cinq jours, mais maintenant c’est très irrégulier », témoigne Daniel, à la maintenance des voies depuis 1989. « Je suis bientôt à la retraite et j’ai encore un crédit sur le dos », explique-t-il.

Pierre, un agent de maintenance de 18 ans, se définit aussi comme non-gréviste par défaut. En période d’essai, il a « peur des conséquences » et dit ne pas pouvoir se permettre la grève avec une paie qui « varie chaque mois entre 1.200 et 1.600 euros ».

« Les gens qui ne sont pas en grève ne sont pas forcément contre nous », conclut Jean-Marc, délégué du personnel SUD-Rail.

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