Cheminots, routiers, aérien… le gouvernement multiplie les concessions catégorielles

PARIS, 2 juin 2016 (AFP) – Cheminots, routiers, aérien… à l’approche de l’Euro et à un an de la présidentielle, le gouvernement, confronté à une fronde sociale sans précédent, a multiplié les concessions, accédant à des revendications parfois sans lien direct avec la loi travail.

Certains secteurs concernés par cette opération déminage ont été – ou sont encore – au coeur de la mobilisation contre la loi travail. Mais dans d’autres, comme l’aviation civile, les syndicats, qui négociaient depuis des mois, n’ont eu qu’à menacer d’une grève pour obtenir gain de cause.

La ministre du Travail, Myriam El Khomri, a clairement reconnu jeudi que le gouvernement était en train de « régler chacune des situations », « au cas par cas », « notamment la question de la réforme ferroviaire qui n’a pas grand-chose à voir avec la loi travail ».

Mardi, le Premier ministre avait assuré être « toujours ouvert au dialogue et aux propositions ». Mais « pas au +troc+ comme j’ai pu l’entendre ici ou là ».

« Le gouvernement tente de déminer le mouvement en essayant de lâcher du lest sur les demandes des mouvements professionnels » mais « il se trompe lourdement avec cette tactique, la lutte va continuer et monter en puissance », estime Fabrice Angéi, un haut responsable CGT, en pointe de la mobilisation contre la loi travail.

– ROUTIERS –

Les routiers, qui craignaient une « baisse drastique » de la rémunération de leurs heures supplémentaires du fait de la loi, avaient multiplié – pendant une semaine à partir du 17 mai – les blocages de voies de circulation, ponts et zones portuaires.

Le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, leur a promis le 21 mai que le projet de loi ne modifierait pas leur régime « dérogatoire » sur les heures supplémentaires.

– CHEMINOTS SNCF –

Alain Vidalies a mis sur la touche le week-end dernier la direction de la SNCF, qui négociait depuis fin mars un nouvel accord sur l’organisation du temps de travail.

Contre l’avis du président Guillaume Pepy, il a promis aux syndicats de cheminots, en grève illimitée depuis mardi soir, le maintien de l’essentiel de leur réglementation actuelle, balayant les espoirs de gains de productivité formés par la direction.

– INTERMITTENTS –

Face à la menace de nouvelles actions à l’approche des festivals, le gouvernement s’est engagé lundi à mettre en oeuvre dès juillet l’accord de branche sur le régime spécifique d’assurance chômage des intermittents, sans clarifier la part de son propre financement.

Cet accord historique avait été unanimement conclu fin avril avec la profession après plusieurs occupations de théâtres et salles de spectacle, dont l’Odéon à Paris.

– CHERCHEURS –

Après une tribune signée de plusieurs prix Nobel et la mobilisation de chercheurs, François Hollande a renoncé lundi aux annulations de crédits de 134 millions d’euros prévues en 2016 sur le budget des organismes de recherche.

– AVIATION CIVILE –

Tous les syndicats de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) avaient déposé des préavis de grève du 3 au 5 juin pour demander l’arrêt des baisses d’effectifs et renégocier un cadre social et indemnitaire favorable.

Devant la menace d’importantes perturbations à l’approche de l’Euro, Alain Vidalies, toujours, a obtenu, entre mercredi soir et jeudi matin, la levée de tous les préavis. Il s’est engagé à stopper les baisses d’effectifs, tous personnels confondus, et à octroyer « des compensations financières » aux contrôleurs aériens « amenés à travailler davantage » du fait d’une réorganisation plus flexible du travail.

– FONCTIONNAIRES, ENSEIGNANTS –

Le gouvernement, qui avait annoncé dès septembre dernier une revalorisation des rémunérations de tous les fonctionnaires, en contrepartie d’un allongement des carrières, a dévoilé mardi sa traduction concrète sur les feuilles de paie des enseignants à partir de 2017.

La Cour des comptes a évalué le coût global de la mesure, déjà applicable depuis janvier 2016 à certaines catégories d’agents publics, entre 4,5 et 5 milliards d’euros à l’horizon 2020.

« Les choix que nous faisons sur les fonctionnaires, les enseignants (…) c’est aussi un moyen de convaincre tous ceux qui doutent », a reconnu mardi Manuel Valls.

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