« Chemise arrachée » à Air France: de la prison avec sursis requise

BOBIGNY, 28 septembre 2016 (AFP) – Pas des « colibris » mais des « voyous »: deux à quatre mois de prison avec sursis ont été requis mercredi contre cinq salariés d’Air France jugés à Bobigny pour leur implication dans l’épisode de la « chemise arrachée » du DRH.

« Ce n’était pas une opération syndicale, mais une opération de casseurs, puis de voyous », a déclaré le procureur Philippe Bourion, reprenant à son compte les termes employés par le Premier ministre Manuel Valls au lendemain de ces incidents.

Le parquet a aussi requis 1.000 euros d’amende contre les dix autres prévenus, poursuivis pour des « dégradations » lors de la manifestation du 5 octobre 2015 devant le siège d’Air France à Roissy.

Pris à partie ce jour-là, Xavier Broseta, directeur des ressources humaines d’Air France à l’époque, et Pierre Plissonnier, le responsable du long-courrier, avaient dû fuir sous les huées, torse nu pour le premier, la chemise en lambeaux pour le second.

Les images « humiliantes » des deux cadres dirigeants escaladant un grillage pour échapper à leurs poursuivants avaient fait le tour du monde et terni un peu plus la réputation de la France en matière de dialogue social.

Le procureur a assuré avoir pris en compte le « contexte » de ces incidents dans ses réquisitions et appelé la cour à faire de même dans son jugement, qui sera mis en délibéré. « Personne n’a à l’esprit que lorsqu’on annonce 2.900 licenciements, il y aurait une obligation d’amener des fleurs », a-t-il dit.

Comme l’ont rappelé les responsables de la CGT Air France mardi à l’audience, ces incidents faisaient suite en effet à l’annonce d’un plan de restructuration menaçant 2.900 emplois, dans une entreprise déjà éprouvée par les plans sociaux à répétition (« 10.000 suppressions d’emploi en dix ans »). Pour la première fois, les syndicats redoutaient des licenciements secs, en particulier au sein du personnel au sol à qui « beaucoup d’efforts avaient déjà été demandés », et dont les prévenus sont issus.

– « Libellules » et « danseuses » –

Mettant les incidents sur le compte d’un « effet de meute », le procureur a ironisé sur les dénégations des prévenus, pourtant identifiés par l’enquête de police sur la base des innombrables images versées dans la procédure.

« Tous vous font des descriptions d’eux-mêmes avec des délicatesses de libellules, des entrechats de danseuses. Je ne crois pas à cette réunion de colibris délicats », a dit M. Bourion, qui a scandalisé la défense en qualifiant d' »hyperprotéinés » ces prévenus à la forte carrure.

Avocate de douze des prévenus, Lilia Mhissen a dénoncé une fois de plus la « déloyauté de l’enquête », « un dossier bâclé » où domine la volonté de trouver des « boucs-émissaires ».

Elle a invité la cour à prendre de la hauteur avec les images médiatiques. « Ce qu’écrivent les médias, ce n’est pas toujours la vérité judiciaire. Vous ne pouvez pas condamner sur la base d’une photo sensationnelle », a-t-elle dit.

La défense, qui a fait citer Air France et deux sociétés de vigiles dans une audience séparée qui se tiendra le 9 décembre, a redit sa conviction que la compagnie s’était rendue coupable du délit d’immixtion dans un conflit social, notamment en verrouillant la grille d’accès au siège.

Un acte perçu comme une « provocation » par les salariés qui avaient pénétré de force dans le siège en criant: « on est chez nous, ici ».

Dans la matinée, les avocats des parties civiles s’étaient relayés pour dénoncer la stratégie de la défense consistant à ériger les victimes en coupables. Une stratégie qualifiée par Me Fanny Colin de « classique, mais vulgaire ».

Ils avaient aussi critiqué la tentation des prévenus et de leurs soutiens, notamment au sein de la CGT, de justifier le recours à la violence physique « lorsqu’elle répond à une violence sociale ou à une situation de désespoir ».

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