« Chemise arrachée »: quinze salariés d’Air France devant la justice

BOBIGNY, 25 septembre 2016 (AFP) – Le procès de 15 salariés d’Air France, jugés pour l’épisode de la « chemise arrachée » du DRH, se tiendra mardi et mercredi à Bobigny, un an après ces violences dont les images ont fait le tour du monde et conforté la mauvaise réputation française en matière de dialogue social.

Cinq salariés doivent répondre de « violences en réunion » et dix autres de « dégradations », en marge d’une manifestation contre un projet de restructuration de la compagnie aérienne menaçant 2.900 emplois, dans un contexte marqué par l’érosion de sa compétitivité.

Un des prévenus est jugé pour les deux motifs.

Le 5 octobre 2015, après avoir forcé la grille d’accès au parvis du siège d’Air France à Roissy, une centaine de manifestants avait envahi la salle où la direction était en train de présenter le plan en comité central d’entreprise.

Lors d’un mouvement de foule, le directeur des ressources humaines Xavier Broseta et celui de l’activité long courrier, Pierre Plissonnier, avaient été malmenés, de même que certains des vigiles assurant leur protection. Puis, alors qu’ils tentaient de fuir, leurs chemises avaient été arrachées par la foule hostile, massée à l’extérieur du bâtiment.

Ils n’avaient pas été blessés mais les images, filmées par de nombreux médias, de ces deux cadres fuyant sous les huées, torse nu et chemise en lambeaux, avaient eu un grand retentissement et suscité de nombreuses réactions indignées, Manuel Valls qualifiant les fauteurs de trouble de « voyous ».

– Manifestation de soutien –

L’intersyndicale d’Air France appelle à une grève et un rassemblement mardi en soutien aux prévenus aux abords du tribunal. La CGT, qui compte plusieurs de ses membres parmi les prévenus, veut transformer cette journée en tribune pour « les libertés syndicales ». Cinq de ses adhérents, dont un représentant du personnel, ont été licenciés par la compagnie à la suite des événements.

Fin mai, le procès, qui avait été finalement renvoyé, s’était ouvert en pleine épreuve de force entre la confédération de Montreuil et le gouvernement sur la loi El Khomri.

Si le conflit n’est plus aussi aigu, les débats s’annoncent cependant tendus entre des prévenus enclins à dénoncer la « violence patronale » et une direction qui juge inacceptable le recours à la violence physique.

L’avocat d’Air France, Me Dominique Mondoloni, a ainsi critiqué auprès de l’AFP la « volonté de la défense de transformer les auteurs en victimes et les victimes en auteurs ».

« Air France sera là pour soutenir ses salariés et répéter que la violence ne peut en aucun cas devenir un mode de régulation des conflits sociaux », a-t-il ajouté, rappelant l’attachement de l’entreprise, qui emploie 55.000 personnes, au dialogue social.

Côté défense, Me Lilia Mhissen aimerait « qu’on ne juge pas les salariés sur des extraits de vidéos qui durent une fraction de seconde mais sur leur action » pendant le déroulé entier de la manifestation.

Au moins deux des prévenus ont ainsi « clairement agi pour protéger MM. Broseta et Plissonnier », affirme l’avocate de 12 des salariés, persuadée que « si on avait récupéré toutes les images de la vidéo-surveillance et l’ensemble des rushes des journalistes, l’histoire aurait été différente ».

L’avocate a fait citer la compagnie pour immixtion dans un conflit social et entrave à l’exercice du droit syndical. Alors que ces faits doivent être examinés le 9 décembre, Me Mhissen devrait plaider mardi la jonction entre les deux affaires. Si le tribunal fait droit à sa demande, le procès sera renvoyé au 9 décembre.

Au pénal, les salariés poursuivis pour violences encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Au civil, Air France leur réclame un euro symbolique. Le jugement sera mis en délibéré.

evs-jto/mra/dar