Chez les pompiers, la réforme des retraites fait déborder la citerne

RENNES, 17 décembre 2019 (AFP) – « A 50 ans, le métier est difficile. A 60, il est impossible. Vous vous voyez monter en haut de la grande échelle à cet âge-là? », interroge Laurent Leroux, 52 ans, sapeur-pompier professionnel venu manifester à Rennes mardi contre la réforme des retraites.

En grève depuis fin juin pour réclamer la reconnaissance de leur profession comme « métier à risques », l’alignement de la prime de feu sur la prime de risque des policiers, ou encore pour protester contre les agressions, qui ont triplé en 10 ans, les pompiers voient aujourd’hui dans l’instauration d’un système universel de retraites par points la « goutte d’eau qui fait déborder le vase ».

Devant la caserne Saint-Georges, au centre de Rennes, de larges banderoles « Stop agressions », « Les élus nous enfument » ou « Reconnaissance » ne manquent pas d’interpeller les passants. Les camions d’intervention ont également été recouverts d’inscriptions « en grève » ou « pas métier à risques ».

Sous une pluie fine, une soixantaine de pompiers arborant des drapeaux CGT ou de la Fédération autonome (FA) sont parmi les premiers à défiler, surprenant les autres manifestants par leurs tirs réguliers de canons effaroucheurs.

« Même s’il sera toujours possible, a priori, de partir à la retraite à 57 ans, ce sera avec une décote de 5 à 10% compte-tenu de l’application d’un âge pivot à 59 ans », dénonce Rodolphe Mainot, délégué syndical CGT en Ille-et-Vilaine. Ce point reste à éclaircir par le gouvernement. « Non seulement on va devoir travailler plus longtemps mais cette réforme va en plus se traduire par une baisse des pensions garanties de 10 à 20% avec l’élargissement du calcul de la pension aux moins bonnes années », ajoute le syndicaliste.

Après 30 ans de métier, Laurent Leroux reconnaît qu’avec l’âge « c’est de plus en plus dur de suivre la cadence. Il faut se lever la nuit, on a des douleurs articulaires et avec ça une tenue et des équipements de 20 à 25 kilos ».

Parmi les manifestants, Candy Theissard, pompier professionnel de 42 ans qui a connu des périodes d’inactivité, a déjà calculé qu’elle touchera « 400 euros par mois en moins avec la réforme ».

– « irrespectueux » –

A cette réforme souvent mal comprise, viennent s’ajouter les revendications portées depuis plus de cinq mois, en premier lieu la reconnaissance de « métier à risques ».

« Un jour, j’intervenais sur un incendie et le plafond d’une maison s’est effondré sur moi et un collègue. Aujourd’hui, j’ai encore des séquelles aux cervicales », raconte Candy Theissard, rappelant que « l’espérance de vie des pompiers est plus courte ».

« On vieillit un peu plus vite, on paye davantage nos assurances et nos crédits immobiliers, on nous demande de porter des gilets pare-balles pour les exercices anti-terroristes et pourtant… on n’est pas un métier à risques ? », ajoute-t-elle.

Beaucoup se plaignent aussi d’être appelés « pour un oui ou pour un non » dans le cadre de services qui ne relèvent pas de leur mission.

A Rennes, le malaise est accentué depuis qu’une cinquantaine de pompiers ont brièvement pénétré dans la cour de la préfecture, dont l’entrée était ouverte, lors de la manifestation contre les retraites le 5 décembre.

L’initiative n’a pas plu à leur employeur, le président du conseil départemental Jean-Luc Chenut, qui a réclamé des sanctions et annulé avec l’aval de la préfecture la fête de la Sainte-Barbe, patronne des sapeurs-pompiers, prévue le 7 décembre.

« C’est irrespectueux, car la Sainte-Barbe commémore les pompiers morts en intervention et ça aurait pu être l’occasion de dialoguer », estime Alexandre Moreau, 39 ans, pompier à Rennes.

La plupart des pompiers présents à la manifestation mardi disent avoir le sentiment de « moins bien faire [leur] travail ».

« Comme dans les hôpitaux, il y a une baisse de la qualité du service. Quand j’ai commencé, on était 26 sapeurs-pompiers de garde par jour, aujourd’hui on est 21 le jour et 18 la nuit alors que le nombre d’interventions a explosé et que la population du département a franchi le million », témoigne Vincent Lagogué, 42 ans.

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