Chez Suez à la Défense, des salariés très encadrés reprennent le travail au compte-gouttes

PARIS, 13 mai 2020 (AFP) – « Normalement, ici, c’est noir de monde »: du 38e étage de la tour Suez de La Défense, on voit des salariés arriver au compte-gouttes, petites fourmis sur un parvis quasiment désert en ce troisième jour de reprise du travail très encadrée chez le spécialiste de l’eau et des déchets.

Dans l’immense hall, trois personnes masquées et gantées surveillent les arrivées, distribuent les « kits » de masques (deux par jour, le double pour ceux qui prennent les transports en commun) et prennent la température frontale.

« Si le thermomètre affiche plus de 38, le salarié est isolé dans un espace à part pour respecter la confidentialité et une deuxième prise est faite 5 mn plus tard. Si la température est confirmée, il est invité à rentrer chez lui et à contacter son médecin », explique Laure Girodet, directrice santé et sécurité.

Suez a prévu d’accueillir au maximum 20% des 2.300 salariés du siège jusqu’à mi-juin, mais « on s’attend à 10% en moyenne ce mois-ci », indique la responsable.

« Des collaborateurs souhaitaient revenir soit parce qu’ils souffraient de l’isolement, soit parce que leurs conditions de travail n’étaient pas optimales à la maison », explique la directrice des ressources humaines, Isabelle Calvez.

Pour les accueillir, le chantier a démarré en avril, avec une équipe spécialement chargée de l’approvisionnement en masques.

« Les masques, ça été toute une aventure dans les débuts, en mars. On a bénéficié de l’expérience de notre filiale en Chine », dit-elle.

Six millions de masques chirurgicaux et 1,5 million de FFP2 (plus protecteurs) pour les personnels travaillant sur le terrain comme les éboueurs ont été commandés, soit un coût de « plus de 10 millions d’euros », précise Pierre-Yves Pouliquen, chargé de la cellule dédiée aux masques.

– Pas de pause à la machine à café –

Une fois son masque mis, le salarié suit un parcours fléché vers les ascenseurs, appelés par une hôtesse afin qu’il ne touche pas les boutons.

Dans tout le bâtiment, des sièges sont condamnés pour respecter les distances de sécurité. La cantine a rouvert avec un service limité de « lunch box », mais « les machines à café ont toutes été condamnées, on cherche la solution », précise Laure Girodet.

Laura, qui a repris son poste lundi, apprécie d’avoir retrouvé sa collègue. « On était émues, on s’était inquiété les uns pour les autres », témoigne-t-elle.

Elle a souhaité revenir pour avoir « une journée de travail avec une totale concentration », sans les contraintes de garde d’enfants. « Mon appréhension portait plutôt sur le transport, je prends la ligne 1 du métro de bout en bout, mais finalement ça se passe bien ».

Le télétravail reste la règle. « On le pratiquait déjà, à hauteur de 40% des salariés du siège, mais sans être très en avance sur le sujet, le management était réticent », témoigne la DRH.

« Du jour au lendemain, la tour a basculé en télétravail à 100% et ça a très très bien marché, on envisage de le pérenniser à hauteur de deux jours par semaine à la rentrée », annonce Mme Calvez.

« Il faudra être très flexible, accorder un, deux ou trois jours de télétravail, on a vu que les gens étaient très responsables, très autonomes », dit-elle. Mais « il y a aussi des tas de choses qu’on ne peut pas faire en télétravail, comme les séminaires, les ateliers de motivation des équipes ».

« Avant la crise, beaucoup de salariés qui voulaient télétravailler essuyaient un refus, je pense que ça va changer », juge Wilhem Guette, délégué CGT, premier syndicat chez Suez. Il note que des « économies ont été demandées dans les services sur les frais, la sous-traitance, l’intérim: le sanitaire a un coût ».

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