Code du travail: la stratégie de Mailly fait des remous chez FO

PARIS, 21 septembre 2017 (AFP) – Jean-Claude Mailly, numéro un de FO depuis 2004, longtemps consensuel, est confronté à de sérieuses critiques d’une partie de ses militants, qui acceptent mal son refus de rejoindre la mobilisation de la CGT contre la réforme du Code du travail.

En 2016, Jean-Claude Mailly et son homologue de la CGT Philippe Martinez avaient manifesté côte à côte contre la loi travail, lors de 14 journées de mobilisation.

En 2017, avec la première réforme sociale d’Emmanuel Macron, la stratégie de Jean-Claude Mailly a radicalement changé. N’ayant rien obtenu en battant le pavé en 2016, il se veut « pragmatique » et fait « le choix de la concertation » avec le gouvernement.

Il réfute être un « béni oui-oui » ou un « pro-Macron ». Et rit des rumeurs, selon lesquelles il négocierait des postes pour ses proches ou lui-même. Par exemple au Bureau international du travail, où siège déjà Bernard Thibault, l’ex-leader de la CGT. « Je n’ai besoin d’aucun appui, quel qu’il soit », assure le leader de FO.

Michelle Biaggi, membre de la direction et une de ses fidèles, défend sa stratégie. « On n’est pas satisfaits des ordonnances, mais en trois mois de concertation, on a évité que ce soit une catastrophe complète », dit-elle.

Oublié le compagnonnage avec la CGT « contestataire », Jean-Claude Mailly revendique désormais une ligne « fondamentalement réformiste ».

Mais ce discours passe mal auprès d’une partie des troupes.

Ce jeudi, une cinquantaine d’unions départementales, sur 95, ont appelé à descendre dans la rue avec la CGT et Solidaires pour réclamer le retrait d’ordonnances « qui poursuivent et aggravent la loi El Khomri ».

Ils étaient aussi nombreux le 12 septembre, une situation rare pour un syndicat qui rechigne à afficher ses dissensions en public.

– « Crever l’abcès » –

La situation est également inhabituelle pour Jean-Claude Mailly. Le leader médiatique a jusqu’à présent su rassembler avec doigté un syndicat complexe, sorte d' »auberge espagnole qui va de l’extrême droite à l’extrême gauche », souligne l’historien Michel Dreyfus, spécialiste de FO.

Outre des trotskistes, ce syndicat compte des proches du PS, dont M. Mailly lui-même, mais aussi des Républicains ou du Front national.

M. Dreyfus rappelle en outre que l’alliance CGT-FO en 2016 relève de l' »exception ». Les deux confédérations, soeurs ennemies du syndicalisme français, ont par le passé eu plus tendance à s’éviter qu’à se serrer la main.

Le différend remonte à 1947, quand une partie de la CGT, refusant l’emprise du Parti communiste, a fait scission pour créer la CGT-FO. « Le réformisme fait partie de la culture de FO », insiste l’historien, peu étonné du revirement de la confédération avec la réforme du Code du travail.

Mais les appels à rallier la mobilisation de la CGT fusent en interne. Les ordonnances représentent « une attaque en règle contre les droits des salariés et un rejet des organisations syndicales », explique Jean Hédou, secrétaire général de la Fédération de l’Equipement et des Transports (Feets-FO), qui souhaite « un rapport de force basé sur le blocage de l’économie ».

De son côté, le syndicat routier FO, associé à la CGT, appelle à une grève reconductible, à partir de lundi, qu’il promet « massive ».

« Jamais on n’a connu ça! On perçoit un acharnement à ne pas entendre et voir ce que dit la base », s’agace Fabrice Lerestif, secrétaire départemental en Ille-et-Vilaine.

La réunion des 28 et 29 septembre du Comité confédéral national, sorte de « Parlement » du syndicat, permettra de « crever l’abcès », espèrent les militants.

« Ce sera l’occasion de se dire les choses en face », anticipe Yves Veyrier, membre de la direction, reconnaissant une ambiance d' »incompréhension » et « compliquée ». Des militants « estiment qu’on est trop gentils, pas assez critiques », ajoute-t-il.

Ce CCN sera le dernier avant le congrès de FO en avril, où Jean-Claude Mailly, 65 ans en mars 2018, doit passer le relais à Pascal Pavageau, également membre du bureau, en charge du secteur économique (fiscalité, services publics, environnement…). Il « fait consensus », assure M. Veyrier, qui ne voit pas de lien entre les critiques d’une partie des troupes et cette future succession.

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