Commission retraites à l’Assemblée: l’impossible dialogue

PARIS, 8 février 2020 (AFP) – Depuis lundi, le même dialogue de sourds: théâtre d’un bras de fer permanent entre insoumis et majorité, la commission spéciale sur les retraites à l’Assemblée risque de s’arrêter au milieu du gué, sans avoir balayé l’ensemble de la réforme.

Les travaux, qui devaient initialement se terminer ce vendredi, se poursuivront samedi et dimanche toute la journée. Ils doivent s’interrompre mardi soir sur le volet ordinaire, mercredi soir sur le volet organique, pour laisser aux députés le temps de préparer de nouveaux amendements en vue de la séance du 17 février.

Le texte présenté en séance publique devrait être la version initiale du gouvernement, sans les minces changements votés en commission.

L’instance aura patiné depuis le début, « embourbée » par les plus de 19.000 amendements déposés par les Insoumis, sur 22.000 au total.

La « bataille de mots » revendiquée par Jean-Luc Mélenchon a commencé dès l’intitulé de la réforme sur l’instauration d’un « système universel de retraites ».

Universel ? Pas pour les Insoumis ou les communistes qui suggèrent de le rebaptiser « système inéquitable » ou « individualisé ».

Les députés LFI, qui se relaient en commission, proposent de supprimer chaque alinéa, dans des séries d’amendements déposés 17 fois, comme leur nombre d’élus à l’Assemblée.

« Blocage lamentable », brocarde Jean-Paul Mattéi (MoDem). Le rapporteur général Guillaume Gouffier-Cha (LREM) les renvoie à leur contre-projet: « 15 pages anti-Macron et 15 pages de grands principes », c’est vraiment « Playmobil en avant les histoires chez vous ».

La commission tourne à la « mascarade » aux yeux de la droite. « Il faut faire un choix sur le fait de continuer ou pas », préconise Eric Woerth, pendant que Damien Abad, patron du groupe LR, voit dans les Insoumis les « idiots utiles » de la majorité.

– « Ca va chauffer » –

Jean-Luc Mélenchon défend sa méthode, « manière de prolonger la résistance populaire ». Et de prévenir: « Ca va chauffer tout le long ».

Face à l’enlisement, les responsables de la commission décident dès mardi soir de réduire le temps de parole de 2 à 1 minute pour les députés ayant déposé des amendements identiques. « Un mépris du Parlement » fustigé par Insoumis, socialistes et communistes.

Olivier Véran (LREM) lance aux LFI: « Vous nous promettiez l’avenir en commun et pour l’instant on voit surtout l’avenir en commission ».

Les premiers articles donnent lieu à des discussions sur la philosophie de la réforme, rejetée point par point par la gauche.

Pour LREM, c’est un « projet plus solidaire, équitable et plus juste », la « marcheuse » Catherine Fabre rappelant le montant minimal de pension à 1.000 euros pour les carrières complètes de nouveaux retraités dès 2022.

Mais les oppositions contestent l’argumentaire et l’étude d’impact du gouvernement, jugée « truquée ».

Il est temps d’en appeler « au peuple souverain », selon Alexis Corbière (LFI), qui réclame, à l’instar des communistes, un référendum sur cette réforme. Cette demande devrait faire l’objet d’une motion de gauche dès le 17 février.

Aux manettes depuis lundi, le co-rapporteur Nicolas Turquois (MoDem) fustige les Insoumis qui ne veulent même pas « sauver les dispositions pourtant unanimement reconnues » comme la « retraite minimale à 1.000 euros ».

De son côté, la droite critique « l’énorme problème de lisibilité » de cette réforme qui reviendrait à « recréer autant de régimes que ceux existant pour 95% des Français ».

En choeur, les oppositions épinglent un « texte à trous » en raison des 29 ordonnances programmées par le gouvernement, atteint d’un « trouble d’ordonnance compulsive » selon les communistes.

Petit gage dans la soirée de vendredi, l’une des dispositions prévue par ordonnance, qui concerne le « droit à l’information » des citoyens sur leur retraite, a été inscrite « en dur » dans le texte via un amendement du groupe LREM. Le secrétaire d’Etat aux Retraites Laurent Pietraszewski y a vu l’occasion de montrer que le gouvernement « est disponible pour faire évoluer son texte ».

La salle connaît – la fatigue aidant – des moments de rire et des poussées de fièvre. Le communiste Sébastien Jumel s’en prend aux « Playmobil sans coeur » de LREM, sous les protestations de la majorité. « Vous ne savez pas où vous allez », lance le socialiste Boris Vallaud aux marcheurs.

La présidente de la commission Brigitte Bourguignon (LREM) suspend les échanges quand il faut faire retomber la pression. Au compteur vendredi soir, encore 17170 amendements.

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