Commission retraites à l’Assemblée: l’impossible dialogue

PARIS, 7 février 2020 (AFP) – Depuis lundi, le même dialogue de sourds: théâtre d’un bras de fer permanent entre insoumis et majorité, la commission spéciale sur les retraites à l’Assemblée risque de s’arrêter au milieu du gué, sans avoir balayé l’ensemble de la réforme.

Les travaux, qui devaient initialement se terminer ce vendredi, s’apprêtent à se poursuivre ce week-end et à s’interrompre mardi soir sur le volet ordinaire, mercredi soir sur le volet organique, pour laisser aux députés le temps de préparer de nouveaux amendements en vue de la séance du 17 février.

Le texte présenté en séance publique devrait être la version initiale du gouvernement, sans les minces changements votés en commission.

L’instance aura patiné depuis le début, noyée par les plus de 19.000 amendements déposés par les Insoumis, sur 22.000 au total.

La « bataille de mots » revendiquée par Jean-Luc Mélenchon a commencé dès l’intitulé de la réforme sur l’instauration d’un « système universel de retraites ».

Universel ? Pas pour les Insoumis ou les communistes qui suggèrent de le rebaptiser « système inéquitable » ou « individualisé ».

Les députés LFI, qui se relaient en commission, proposent de supprimer chaque alinéa, dans des séries d’amendements déposés 17 fois, comme leur nombre d’élus à l’Assemblée.

« Blocage lamentable » et « amendements ridicules », brocarde Jean-Paul Mattéi (MoDem).

La commission tourne à la « mascarade » aux yeux de la droite. « Il faut faire un choix sur le fait de continuer ou pas », préconise Eric Woerth, pendant que Damien Abad, patron du groupe LR, voit dans les Insoumis les « idiots utiles » de la majorité.

– « Ca va chauffer » –

Jean-Luc Mélenchon défend sa méthode, « manière de prolonger la résistance populaire qui n’a jamais désarmé ». Et de prévenir: « Ca va chauffer tout le long, jusqu’à la dernière minute, jusqu’à la dernière seconde ».

Face à l’enlisement, les responsables de la commission décident dès mardi soir de réduire le temps de parole de 2 à 1 minute pour les députés ayant déposé des amendements identiques. « Un mépris du Parlement » fustigé par Insoumis, socialistes et communistes.

Olivier Véran (LREM) leur lance: « Vous nous promettiez l’avenir en commun et pour l’instant on voit surtout l’avenir en commission ».

Les premiers articles donnent lieu à des discussions sur la philosophie de la réforme, rejetée point par point par la gauche.

Pour LREM, les femmes seront les « grandes gagnantes » du nouveau système alors que leur pension moyenne est « inférieure de près de 42% à celle des hommes » aujourd’hui.

Au total, c’est un « projet plus solidaire, équitable et plus juste », vante la députée marcheuse Catherine Fabre, en rappelant le montant minimal de pension à 1.000 euros pour les carrières complètes de nouveaux retraités dès 2022.

Mais les oppositions contestent l’argumentaire et l’étude d’impact du gouvernement. « Les cas types notamment sur les femmes sont pipés et truqués », juge Régis Juanico (app PS).

Il est temps d’en appeler « au peuple souverain », selon Alexis Corbière (LFI), qui réclame, à l’instar des communistes, un référendum sur cette réforme. Cette demande devrait faire l’objet d’une motion de gauche dès le 17 février.

– Le ton monte –

Aux manettes depuis lundi, le co-rapporteur Nicolas Turquois (MoDem) fustige les Insoumis qui ne veulent même pas « sauver les dispositions pourtant unanimement reconnues » comme la « retraite minimale à 1.000 euros ».

De son côté, la droite critique « l’énorme problème de lisibilité » de cette réforme qui reviendrait à « recréer autant de régimes que ceux existant pour 95% des Français ».

En choeur, les oppositions épinglent un « texte à trous » en raison des 29 ordonnances programmées par le gouvernement, atteint d’un « trouble d’ordonnance compulsive » selon les communistes. Leur proportion est « presque indécente » pour LR, mais justifiée par le temps de la concertation avec les acteurs concernés, d’après la majorité.

La salle connaît des poussées de fièvre. Le communiste Sébastien Jumel s’en prend aux « playmobil sans coeur » de LREM, sous les protestations de la majorité.

« Vous n’êtes pas prêts, vous ne savez pas où vous allez », lance le socialiste Boris Vallaud aux marcheurs et au secrétaire d’Etat aux Retraites Laurent Pietraszewski, qui prend peu la parole.

La présidente de la commission Brigitte Bourguignon (LREM) suspend les échanges quand il est nécessaire de faire retomber la pression. Au compteur, encore quelque 17.000 amendements.

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