Consommer un peu plus local pourrait créer 150.000 emplois, si l’offre suit (rapport)

PARIS, 20 juin 2018 (AFP) – Environ 150.000 emplois pourraient être créés si les ménages français changeaient leurs habitudes de consommation de manière à relocaliser en France 10% des biens importés, selon une étude du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) publiée vendredi.

Si trois Français sur quatre se disent prêts à payer plus cher pour consommer du « made in France » (sondage Ifop, 2017), « dans la pratique, les importations de biens par les ménages ont plutôt tendance à augmenter », constate le COE. L’organisme de réflexion, placé auprès du Premier ministre, a étudié les « effets » que pourraient avoir sur l’emploi une relocalisation en France de « 10% de la consommation de biens actuellement importés par les ménages ».

Cela représenterait l’équivalent de 11,2 milliards d’euros, soit « environ 33 euros par ménage et par mois ».

La COE a ébauché deux scénarios : les produits français étant « plus chers » en moyenne, soit les ménages consommeraient ces produits en plus faible quantité, soit ils consommeraient autant qu’avant mais devraient réduire d’autres dépenses.

Dans le premier scénario, où les ménages « consomment moins au total, mais plus de produits français », l’étude évalue le « potentiel de créations nettes d’emplois à environ 150.000 emplois ».

Dans le second scénario, deux phénomènes sont à l’oeuvre. Pour consommer autant qu’avant, les ménages doivent allouer 2,4 milliards d’euros supplémentaires aux biens concernés, qu’ils ne peuvent donc pas dépenser sur d’autres postes de consommation. Le COE émet l’hypothèse que cet arbitrage se ferait au détriment des « services ». In fine, 190.000 emplois seraient créés par la relocalisation, mais 35.000 emplois seraient détruits dans les services, soit un « solde net » de 155.000 créations.

Par conséquent, « quel que soit le comportement du consommateur », « l’effet sur l’emploi est positif et de l’ordre de 150.000 emplois », selon le COE, qui ajoute qu’il « est permis de considérer que ces créations nettes d’emploi auraient un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie ».

La présidente du COE, Marie-Claire Carrère-Gée, interrogée par l’AFP, prévient toutefois qu’il ne s’agit que d’un « potentiel théorique » de créations d’emplois, qui ne peut se concrétiser qu’à « condition que l’offre productive française soit au rendez-vous en volume, en compétitivité, en compétences ». Selon elle, le bio, dont la consommation progresse mais avec toujours plus d’importations, est un contre-exemple. Dans ce secteur, « l’offre française n’est pas complètement au rendez-vous », estime-t-elle.

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