Coronavirus: « Au secours! » les soignants désemparés par leur manque de protection

 PARIS, 16 mars 2020 (AFP) – Anne est généraliste dans la banlieue de Grenoble: son cabinet n’a jamais reçu de masques FFP2, seule protection avérée contre le coronavirus, et utilise un vieux stock périmé depuis 2006.

Chaque jour, Kaouther ben Amor, infirmière libérale à Marseille, visite une trentaine de patients à domicile avec sa collègue. Un rendez-vous vital pour des malades parfois en fin de vie. « On a zéro équipement. J’ai dû quémander des masques à la pharmacie avec ma carte professionnelle. J’en ai obtenu dix, qu’on a partagés. Et encore, ce sont des masques chirurgicaux, pas des FFP2. Jamais je n’avais connu une situation pareille ».

Partout à travers la France, l’AFP a recueilli des témoignages de médecins et d’infirmières, de ville et en milieu hospitalier, stressés par l’absence de protection pour eux-mêmes et leurs patients, alors que le virus se propage à un rythme accéléré.

« Je n’ai ni masque, ni gel, rien. Et surtout aucune information. J’ai appris par les médias qu’il ne fallait pas prescrire d’ibuprofène c’est vous dire! », s’insurge Jean-Paul Termine, médecin généraliste à Vitrolles (Bouches-du-Rhône). Beaucoup de ses confrères ont pris des congés, rapporte-t-il. Il s’est débrouillé seul pour aménager son cabinet, « avec une salle d’attente séparée pour les patients présentant les symptômes d’un syndrome grippal ».

– lâchés par la tutelle –

« Mais pour moi, ils sont inconscients de consulter dans ces conditions », juge le Dr Termine qui, avec ses confrères, « se sent totalement lâché par (les) autorités de tutelle ».

« En plus du boulot, on est constamment en train de faire le tour des pharmacies pour essayer de trouver des masques, des solutions hydro-alcooliques, des gants », reprend Kaouther à Marseille. « C’est très stressant de travailler comme ça. On crie au secours car on manque de moyens ».

« J’ai dû menacer de fermer des maisons médicales de garde pour obtenir des masques pour les généralistes », s’émeut le Dr Pierre-Jean Ternamian, radiologue à Lyon et président de l’Union Régionales des Professionnels de Santé (URPS) Médecins en Auvergne-Rhône-Alpes.

A Pau, une dizaine de médecins ont adressé un courrier aux responsables régionaux de la santé pour signaler qu’ils avaient reçu en tout et pour tout « une boite de 50 masques chirurgicaux par médecin » – « même pas » les fameux FFP2.

– l’infanterie –

Dans les centres hospitaliers, les soignants ne se sentent pas toujours mieux protégés: une infirmière de l’hôpital Edouard-Herriot à Lyon, qui a requis l’anonymat, regrette « un manque de dépistage » chez les personnels de santé, pourtant les plus exposés. « Je travaille pour l’hôpital public donc j’irai toujours », mais « on a le sentiment d’aller au front, d’être un peu l’infanterie – et l’infanterie, on s’en fiche toujours un peu… »

Amarylis, 39 ans, infirmière urgentiste au Centre hospitalier de Valence (Drôme), s’inquiète pour sa famille: une de ses patientes de 90 ans vient d’être testée positive. Dans son service, « un collègue a déjà été détecté, d’autres peuvent être porteurs sains. C’est très stressant ». Comment protéger ses enfants? Elle aimerait des masques pour eux, à la maison.

« On baigne dedans en permanence, 12 heures d’affilée, c’est difficile de passer à autre chose, ça génère forcément de l’angoisse » insiste encore Eva, infirmière aux urgences du Puy-en-Velay, mère de deux fillettes: « Pourtant on a l’habitude de gérer des virus mais là, c’est sans précédent (…) Mon mari, mes proches sont inquiets. On essaye de limiter les contacts ».

L’ordre des infirmiers a réclamé lundi dans un communiqué « sept mesures d’urgence » dont, la première, des « équipements de protection (masques, lunettes, gants, blouses…) impérativement et urgemment mis à disposition de tous les professionnels de santé ».

Les soignants semblent avoir été entendus: lundi soir, lors de son allocution télévisée, Emmanuel Macron a annoncé la distribution de masques dès mardi aux soignants des 25 départements les plus touchés et à l’ensemble des personnels de santé mercredi.

Selon Martin Hirsch, directeur général des Hôpitaux de Paris (APHP), « une centaine de soignants ont contracté le virus, non pas dans les hôpitaux mais dans leur vie sociale ».

Le chef de l’Etat a annoncé de nouvelles restrictions des déplacements qui entreront en vigueur dès mardi à midi, avec des contrôles et des sanctions à la clé. « Si vous êtes allé faire une course alimentaire, vous ne faites rien d’autre » a précisé le ministre de la Santé Olivier Véran.

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